[BG] Shina, ou la fureur de vivre [VALIDÉ]

Présentation de la Protectrice de la Terre et de ses Chevaliers.

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Shaina
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[BG] Shina, ou la fureur de vivre [VALIDÉ]

Messagepar Shaina » mar. mai 22, 2012 9:11 pm

SHINA, OU LA FUREUR DE VIVRE

Il fait chaud ce soir là dans les montagnes grecques des environs d'Athènes. Shina, jeune fille masquée, s'entraîne avec acharnement, sous la houlette du maître d'arme ayant comme charge l'entraînement des prétendants au titre de chevalier d'Athéna. Ignorant la fatigue, elle continue son entraînement. Seule, comme à son habitude, contrairement au reste des élèves et apprentis. Elle se sent tellement plus à son aise sans aucun témoin. Toute à son activité physique, son esprit s'évade un instant... laissant des souvenirs pourtant continuellement refoulés revenir... sa vie «d'avant».

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Stoppée net dans son élan, elle tombe à genoux, comme blessée mortellement. Mais la blessure est n'est pas physique. Elle est d'une toute autre nature, probablement plus fatale encore pour la fière jeune fille. Car c'est son âme qui souffre alors, et non son corps. Souffrance qu'elle ne pourra jamais effacer malgré tous les entraînements du monde, aussi durs soient-ils.

Les souvenir l'assaillent alors par flashs. Des souvenirs qui viennent de son subconscient, tellement elle avait oeuvré depuis la perte de ses parents à effacer consciencieusement de sa mémoire toute trace se sa vie avant l'accident. Mais maintenant, ces images s'imposent à elle, sans aucun contrôle possible. Sans aucune pudeur, sans aucun égard pour la souffrance engendrée. Comme un rappel cruel qu'on n'échappe pas à son passé.

Des images fugaces de bonheur, de jouets en bois et de baisers tendres entourés par ses parents. Des rires enfantins résonnent dans sa tête. Les siens. L'approche des mystères d'Eleusis, fêtes célébrées aux alentours d'Athènes en l'honneur de Démèter etde sa fille, Korè. Et un mystérieux voyage pour une destination qui restera inconnue.

Puis l'accident. Sans transition, sans ménagement. La vision sanglante imposée à une enfant de quatre ans ou presque, toute encore immergée dans son cocon protecteur familial. La chute de cette falaise sans fond revenant sans cesse dans ses cauchemars, le choc qui la sortit de son sommeil profond, accrochée comme par miracle à un pan de la falaise par son vêtement, alors que ce qui était sa famille gisait désormais inerte au fond du gouffre.

Sous son masque, Shina sens une larme sourdre. L'image persiste, elle fait mal.


Pourquoi papa? Pourquoi, maman? Murmure t'elle, terrassée par ce souvenir tant de fois refoulé, jusqu'à avoir été oublié... du moins le pensait-elle.

Pourquoi m'avez vous laissé?

La détresse profonde laisse alors la place à la colère. Colère envers ses parents de l'avoir ainsi abandonnée à son sort, colère envers ceux qui ne l'ont pas préparé à ce qui l'attendait. Colère peut-être également contre elle-même pour n'avoir pas réussi à bannir définitivement ce passé de sa mémoire... de laisser une telle faiblesse prendre le dessus sur celle tentant coûte-que-coûte de se montrer digne de devenir un chevalier d'Athéna.

Rhâââââ!

Shina se relève et pulvérise de rage d'un seul coup un rocher, sa force décuplée par la souffrance que ses souvenirs incontrôlés lui infligent, sous le regard étonné du maître d'arme. Jamais elle n'avait atteint réussi cela, comme la plupart de ses co-apprentis, d'ailleurs. Intrigué, il s'approche avec prudence, entendant désormais les mots de la fillette.

Non! Je ne souffrirai pas! Je ne souffrirai plus!

Vaine tentative. Les images de l'orphelinat sous tutelle de l'archonte eponyme où elle a atterri l'assaillent alors avec violence, comme un pied de nez à sa volonté.

Détresse.

La détresse muette de la petite fille aux cheveux aux reflets verts ayant perdu sa seule famille, entourée de personnes qu'elle ne comprenait pas. Un dialecte local différent du sien, probablement. Comment aurait-elle pu comprendre à 4 ans à peine que ses parents avaient prévu de passer les mystères d'Eleusis chez un membre éloigné de la famille et qu'ils avaient traversé la moitié de la Grèce pour finalement périr dans cet accident non loin de la destination finale, aux alentours d'Athènes?

Mutisme.

Elle se revoit alors enfermée dans son mutisme, assise sans un coin de la cour. Regardant et écoutant tout. Rien ne lui échappait alors. Ni les autres petites filles déblatérant sur son compte devant elle, ni les garçons qui l'avaient surnommée Ophis, le serpent, rapport à ses cheveux aux reflets verts dans le soleil du matin et son mutisme continuel. S'ils savaient qu'elle comprenait leur dialecte acquis si rapidement et sans que quiconque ne s'en aperçoive, s'ils savaient qu'à chaque raillerie sa colère grandissait. S'ils savaient, ces orphelins, qu'elle se griffait discrètement la main jusqu'au sang pour ne pas crier, pleurer, montrer son désarroi.

Colère.

Et quand l'auto-mutilation ne suffit pas à empêcher les larmes d'apparaître, elle se lançait alors à corps perdu dans une bagarre perdue d'avance, par fierté, afin que personne ne puisse déceler sa faiblesse... sa soif d'amour et de tendresse inassouvie

Soif de tendresse.


Seule Agathókleia savait. Agathókleia qui pansait ses plaies après chaque bagarre, et qui tentait bien à chaque fois d'arracher une confession, une explication, mais la seule chose qu'elle obtenait était un sourire d'apaisement de la petite fille.

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Une autre image l'assaille. Une image où Agathókleia la console dans ses bras. Une image où elle ne pleure pas, mais où son désespoir est si grand qu'elle trouve refuge l'espace d'un instant, sans autre témoin que cette jeune femme compatissante, dans les bras et la chaleur maternelle de la seule qui la comprenne, au delà des mots.

C'est Athanasios qui t'a fait ça, n'est-ce pas? Entendit-elle encore chuchoter dans son oreille, plus de 12 ans après.

Shina ne bronchait pas, savourant cet instant de chaleur humaine. Elle sentit bien une larme couler sur sa joue, mais ce n'était pas la sienne. C'était Agathókleia qui souffrait pour elle et qui, elle aussi blottie contre l'enfant, laissait ainsi échapper son trop-plein d'émotion, de frustration, d'amour inassouvi...


Il ne faut pas lui en vouloir, tu sais, Shina. Il est tout aussi malheureux que toi, mais il ne sait pas l'exprimer autrement. Tu comprends? Ha, si les Dieux pouvaient me donner le moyen de guérir vos plaies à chacun de vous. Vos plaies de l'âme. Je vois, impuissante, s'instaurer au tréfond de vos âmes des valeurs qui ne sont pas celles de notre cité, et j'ai peur pour vous, Shina... laisse moi t'aider, je t'en supplie. Qui sait si tout cela, aussi cruel soit-il, ne te destine pas à un brillant avenir. Le meilleur sort souvent du pire, Shina... n'oublie pas cela.

Shina le savait déjà... en son for intérieur, elle se doutait bien que tout cela ne pouvait pas être un accident, mais un passage. Un passage qui l'amènera à être plus forte que les autres. Plus rapide, plus puissante, afin de ne plus jamais subir... mais elle se doutait bien que ce n'était pas ce que Agathókleia avait alors en tête et préféra ne pas la contredire. Elle qui était la seule à lui prodiguer encore l'amour dont elle se nourrissait encore comme une larve dans sa chrysalide avant l'éclosion. Certains papillons ne se nourrissent pas une fois éclos. Shina souhaitait ardemment qu'une fois éclose, elle n'aurait plus besoin d'amour. Car c'est là la réelle souffrance.

Frustration.

La porte s'ouvre brutalement. Elefthería, la prêtresse supérieure Agathókleia, fit irruption comme une furie.


Cette petite peste muette comme une carpe s'est encore réfugiée ici! Je sais que c'est toi qui a provoqué cette bagarre! Tous les autres t'ont dénoncé, petite idiote! Tu vas tâter du bâton pour avoir ainsi enfreint les règles sacrées de cet orphelinat, Ophis!

Agathókleia, qui serrait alors Shina dans ses bras, réagit soudain:

Elle s'appelle Shina, pas Ophis! Et vous savez très bien qu'elle est la souffre-douleur de ses camarades, Elefthería! Pourquoi jouer ainsi ce jeu cruel? Votre coeur...

Elle ne put terminer sa phrase. Une baffe magistrale l'envoyait balader non loin. Elefthería prit sans ménagement le bras de Shina.

Vous oubliez à qui vous parlez, Agathókleia! Cette petite peste qui refuse notre enseignement se doit d'être punie. Quand à vous, Agathókleia, je vous retire la responsabilité de cette infirmerie. Il est temps de mettre un peu de discipline dans cet établissement!

C'était la dernière fois que Shina vit Agathókleia. Mais pas la dernière qu'elle subit un châtiment corporel. Elefthería était fort inventive dans ce domaine. Bâton, fouet... tout semblait possible à cette femme pour faire entrer les règles et obtenir une obéissance absolue.

Puis les images s'arrêtèrent. Comme pour lui permettre de reprendre le cours de son destin mais sans oublier d'où viennent sa détermination et sa force.

Elle s'assoit sur les restes du rocher qu'elle vient de pulvériser. Tout était calme. Pas de bruit particuliers trahissant l'activité d'un individu ou d'un groupe. Rien que le bruit du vent omniprésent dans ces montagnes non loin du Parthénon...

Les images qui s'étaient imposées brutalement à elle se sont évanouies dans l'espace et le temps... était-ce bien elle? Certaines fois, elle va jusqu'à en douter. Ce bébé heureux appelants aux baisers aimants de son entourage qui hante ses souvenirs, ses rêves ou ses cauchemars... l'a t'elle été vraiment?


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Un petit rire sarcastique la trahit... oui, c'était bien elle. Sa malheureuse expérience de cette nuit ne peut le démentir. Mais quel chemin depuis! Quel parcours depuis la petite orpheline abandonnée et victime des autres enfants ou d'Elefthería jusqu'à la fillette aussi résiliente que le plus dur des aciers! A bien y repenser, cela prit du temps, mais le résultat en valait la chandelle.

Le regard perdu dans l'horizon lointain sous ce soleil brûlant qui se levait, astre majestueux donnant la vie à cette terre sèche de Grèce et dont le royaume céleste d'un bleu éclatant n'est strié que de rares nuages ou de trainées d'avions à réaction... éphémères traces des humains essayant de dompter ce qui revient de droit aux Dieux qui gouvernent ou se disputent ce monde sans même qu'ils s'en rendent compte...


Idiots! Si vous saviez! Murmure t-elle... ce monde si sûr de son emprise sur les éléments en est en fait le jouet bien involontaire... tout comme je l'ai été moi-même!

Et celle fois, c'est de sa propre volonté qu'elle revisita son passé depuis l'orphelinat....

...

Derniers instants à l'orphelinat


Nan! Laisse moi! Je n'veux pas être adoptée! Nan!

La petite fille aux cheveux blond vénitien légèrement verts sous le soleil se déhanche et se tortille, tirée sans ménagement par une nonne peut accommodante...

Tu viendras, petite peste d'Ophis! Ne crois pas que ce saint lieu acceptera plus longtemps ta présence! Crois tu que je n'ai pas vu ton petit manège, petite furiée? Tu n'es pas digne de notre enseignement et du pain qui te nourrit! vocifère la femme acariâtre.

Nan! C'est pas vrai! Lâche moi! Se plaignait la petite fille.

Tais toi donc! Ha, Agathókleia a été trop bonne avec toi et n'a pas sû déceler ce mal que tu portais en toi! Tu es maudite, petite étrangère, et ta simple présence pervertit ce site dédié aux seuls enfants d'Athènes!

Naaaan! Laisse moi! Laisse moi! Laisse moi! LAISSE MOI!


Cette fois, c'en était trop, et la rage qu'elle avait si longtemps accumulée et contenue prit possession de Shina. Elle n'avait beau avoir que 5 ans, son corps avait appris à supporter coups et blessures, ainsi que les privations imposées par les humeurs de Elefthería. Elefthería qui, cette fois encore, tentait de la mettre plus bas que terre. Un sentiment d'injustice totale l'envahit et, les yeux exorbités, Shina mordit pleinement dans la main qui la tenait prisonnière.

Un hurlement de douleur retentit dans la cours de l'orphelinat... le goût du sang dans sa bouche ne fit que décupler sa rage, et Shina, plutôt que de s'enfuir, s'acharna sur sa tortionnaire... la ruant de coups et évitant ses revers de main en guise de défense maladroite et désordonnée... jusqu'au moment où un de ces revers la cueillit par chance de plein fouet au visage et l'envoya paître plus loin. Mais cela ne découragea pas la petite fille qui se releva sans sourciller malgré sa lèvre ouverte et se rua redechef sur elle.


Elle est possédée! Faites quelque chose! A l'aide!

Ces hurlements de terreurs provenant de celle qui était à l'origine de tant de maux fit naître une satisfaction sans bornes chez la petite Shina... tandis que d'autres prêtresses accouraient, affolées, pour découvrir le spectacle hallucinant d'Elefthería saignant abondamment recroquevillée sur elle-même et gesticulant en tous sens comme pour se débarrasser du harcèlement d'un adversaire virevoletant qui n'était qu'une petite fille de 5 ans...

Autour de la scène de combat, d'autres orphelins assistaient impuissants et éberlués eux aussi. Surtout Athanasios qui ne reconnaissait plus celle qui fut son souffre-douleur préféré depuis plus d'un an...

Shina s'arrêta soudain... ses mains étaient meurtries à force de frapper. Ses muscles tétanisés. Elle regarda autour d'elle et vit, derrière la barrière de spectateurs que faisaient les orphelins médusés, les prêtresses aux yeux exorbités de crainte mystique.

Un regard furtif à gauche, un autre à droite... Shina se sentit prit au piège... et la simple idée de ce que lui réserverait Elefthería pour ce qui venait de se passer n'arrangeait rien. Elle commença à paniquer, chercher une issue.

Athanasios, d'un regard étrangement complice, suivi de ses habituels sous-fifres, prit Shina par la main et courut au loin avec elle...


Putain, la râclée que tu as foutu à la vieille peau! J'te savais pas comme ça, Ophis!

Ils couraient jusqu'à bout de souffle au travers de la cours de l'orphelinat, poursuivit par une horde de prêtresses hystériques. Certaines fois utilisant des raccourcis aléatoires ou des trous dans le bâtiment d'un âge plus que vénérable. Puis ils se plaquèrent derrière un mur croulant sous le lierre et la vigne vierge. Athanasios et ses copains retenaient leur souffle et d'un doigt sur la bouche, ils firent signe à Shina de faire silence...

Les furies en robe noire passèrent non loin en hurlant comme des folles... puis plus rien. Le silence revint, perturbé par les seuls crissements des cigales.

Athanasios reprit alors à voix basse:


La vâche, elle a dérouillé! Viens on connait une sortie sous le mur plus à l'ouest... on l'a creusée avec les autres et c'est réservé à nous seuls, quand on a envie de s'éclater dehors. A ceux du clan... enfin aux gars quoi! Mais là, t'as gagné le droit de l'utiliser, Ophis! Parole!

Shina ne dit pas un mot. Bizarrement, celui qu'elle considérait comme son ennemi personnel dans le microcosme de la cours de l'orphelinat venait de lui faire le plus merveilleux des compliments: elle était désormais respectée par le clan si fermé des garçons qui faisaient la loi ici.

Seul le brouhaha grandissant des prêtresses se rapprochant précipita le mouvement. Elle s'engouffra dans la sorte de terrier grossièrement creusé par les ingénieux orphelins fugueurs à l'occasion. Elle déboucha dehors, recouverte de la terre sèche de Grèce, et courut vers la liberté, ne se retournant pas mais entendant tout de même au loin les encouragements des orphelins...


...

Shina sourit sous son masque... elle sourit au souvenir qu'est sa première vraie prise en main de son propre destin. Un saut dans l'inconnu. Une légère nostalgie s'empare d'elle... que son devenus ses camarades orphelins, eux? Sûrement ont-ils lourdement payé l'aide apportée pour son évasion...

Un lièvre passe devant elle, fuyant un hypothétique prédateur. L'espace d'un instant, elle se retrouva dans cet animal. Une impression fugace qui trouvait sa source dans ses souvenirs plus flous dans la période certes courte, mais pénible qui suivit son évasion de l'orphelinat. Tout ce dont elle se rappelle, c'est de la faim qui faisait gronder son ventre. Combien de temps cette fuite éperdue a t'elle eu lieu? Shina ne saurait le dire... elle se prend même à s'impressionner d'avoir survécu aussi longtemps dans la campagne grecque. Jusqu'au moment où elle tomba nez-à-nez avec un étrange personnage, un matin d'été...


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Sentiment d'un profond sommeil réparateur... d'une faim tenaillant son estomac rebelle mais en même temps d'un sentiment de sécurité. Les yeux s'entr'ouvrent. Au pied de ce vieil olivier feuillu, non loin de structures anciennes à colonnes... le refuge était sommaire, mais au moins personne ne passait pas ici... le soleil perçait.

Je repense à cette époque où ta solitude fut éprouvée. Arion avait vu juste, une fois de plus, en pensant que les traumatismes qui te hantaient te permettraient de puiser une force rarement égalée par tes semblables. Et il eut également raison de me confier la formation du chevalier que tu seras.

Arrivée importune de son maître d'arme, comme à son habitude, d'ailleurs. Il avait cette étrange habitude de se sentir partout chez lui et de ne jamais sentir quand il était opportun ou non de s'imposer. Shina aurait envoyé promener quasiment n'importe qui... mais le lien de maître à élève a toujours été fort chez elle. Elle est fidèle à ceux qui ont su pénétrer son âme.

Elle sourit sous son masque. Ce masque qu'elle a dû porter dès que le maître d'arme l'a prise comme élève. C'était ainsi: ce pour quoi il l'entraînerait n'est destiné qu'aux hommes et il ne saurait en être autrement. Mais certaines fois, des femmes s'en montrent dignes. Alors pour conjurer ce qui a été décrété depuis que les Dieux existent, les hommes ont utilisé l'artifice du théâtre: le masque. Un artifice utilisé de coutume par les acteurs mâles pour jouer le rôle de femmes, accepté par tous, y compris par les Dieux qui ont donné aux hommes ke théâtre pour mieux exprimer leur foi. Le théâtre est une création divine et ses règles le sont d'autant plus. Utiliser le masque théâtral ne masque en rien le sexe de Shina, mais le dire ou même le penser reviendrait à renier la paroles des Dieux. Ainsi le maître d'arme a t'il pu, tout en suivant scrupuleusement l'enseignement des dieux, permettre à cette jeune fille d'avoir une chance de devenir un jour un chevalier d'Athéna. Le meilleur peut-être.


Tu porteras ce masque quoiqu'il arrive. Et s'il vient à se briser, tu en fabriqueras un autre et tu le porteras. Car si un jour un être homme voit ton visage, tout ton visage, tu n'auras pas le choix: tu devras le tuer. Car tu ne pourrait être prétendant, apprenti ou chevalier d'Athéna en étant officiellement femme, et tout témoin devra l'emporter dans sa tombe. Et si tu ne peux le tuer, alors... tu n'auras d'autre choix que renoncer à ce pour quoi tu te seras battue jusque là et faire ta vie avec cet homme. Car tu redeviendras une femme soumise à la loi des hommes et donc tu cesseras d'être un serviteur d'Athéna... à moins que la Déesse elle-même en décide autrement.

Sans le savoir, l'évocation de cette phrase avait déclenché l'arrivée d'autres souvenirs. Ceux de son apprentissage, et notamment du premier. Le plus difficile, probablement...

...

Ossios, Damalis, Sebasten et Cassios. Quatre garçons gravement blessés au sol, devant elle... une épée de Damoclès au dessus de leur tête avec comme seul espoir une fillette de 6 ans.

Shina se retrouvait muette devant l'homme aux pouvoirs si immenses responsable de cette situation... leur maître d'arme à l'armure étrange et à la force colossale. Elle comprenait mal également le pourquoi de ce châtiment si cruel. Ossios et Damalis sont ceux qui l'avaient frappé la veille, les deux autres n'étaient que des spectateurs les encourageant, certes, mais pas vraiment coupables. Pas plus que les autres, du moins.

Elle regarda le maître d'arme dans les yeux... et il put alors y lire toute la détermination de la fillette, mais également sa défiance.

Sans mot dire, elle se dirigea vers le premier d'entre eux qu'elle jugeait innocent, du moins par les actes. Sebasten. Le choix était notamment motivé par le fait qu'il était sans conteste le plus léger des quatre agonisants. Elle essaya de le soulever, mais malgré sa faible constitution relative, il pesait largement plus qu'elle n'était capable de soulever. Alors elle le traîna au pied de l'escalier en le tirant par les épaules.

Le soleil se levait et commençait déjà à assécher la rosée laissée par le petit matin. La fournaise ne tarderait pas à venir.

Faisant désormais face à l'escalier, Shina savait qu'elle ne pouvait plus procéder ainsi dans les escaliers. Elle se glissa alors sous Sebasten, non sans mal. Puis elle poussa sur ses jambes. Lentement, Sebasten se trouva partiellement soulevé du sol, une petite fille courbée sous lui. Shina avança alors un pied, puis le deuxième... marche par marche, elle gravit ce qui lui semblait un escalier démesuré.

Elle serrait les dents... des larmes coulaient sur ses joues. Des larmes de désespoir et de sentiment d'impuissance. Des larmes de colère contre ce jeune homme capable d'infliger une telle souffrance avec tant de facilité. Des larmes de colère envers elle-même pour ne pas être suffisamment forte pour venir à bout de cette épreuve.

A mi-chemin du premier escalier, elle manqua une marche. Elle chuta, entraînée par le poids de Sebasten. Sa tête heurta une des marches de pierre millénaire de ce lieu sacré, proche du Parthénon. Du sang coula de son front, se mêlant à celui de Sebasten qui continuait à se vider et à s'affaiblir. Péniblement, elle se releva de dessous lui et reprit l'ascension. Une marche puis l'autre. Le temps était compté, et malgré tous ses efforts, il lui fallut bien plus que 15 minutes pour amener Sebasten au sommet des trois escaliers. Epuisée, les mains ensanglantée, gênée par ce masque de bois partiellement défoncé par les chutes répétées sur les marches en pierre, elle lança un regard circulaire. Une boîte l'attendait sur une sorte d'autel... Essouflée, elle se traîna jusqu'à la boîte. Une inscription dessus, qu'elle déchiffra sans trop de difficulté. Pour une fois, les cours d'Elefthería ont servi à quelque chose... «Ophiuchus». Elle l'ouvrit. Des sortes de petites ampoules. Trois. Pas quatre. Trois. Des ampoules liées par un fil bien solide à cette boîte, elle-même solidaire du rocher sur lequel elle trônait.

Panique.

Shina saisit une des ampoules qui trônaient à côté de la boîte. Le sang coulant de son arcade sourcilière ouverte sous son masque l'aveuglait, tout comme ses larmes de frustration et de colère. Le masque lui-même l'étouffait, l'empêchant de respirer à son aise.

Agenouillée devant Sebasten, toujours conscient mais agonisant, elle lui ouvrit la bouche et lui versa le contenu... puis laissa Sebasten évanoui en haut des marches et alla chercher Cassios.

Cassios était, contrairement à Sebasten, une force de la nature. Malgré ses 8 ou 9 ans, il pesait facilement le double de Shina. Alors qu'elle dévalait les marches à sa rencontre, il jeta un dernier regard vers elle, puis tourna de l'oeil lui aussi... le venin commençait son effet destructeur, le temps devenait oppressant.

Shina se glissa sous lui et essaya de répéter l'opération qui avait réussi sur Sebasten. Mais Cassios était d'un tout autre gabarit, et l'affaire semblait impossible. Hurlant de douleur sous la masse écrasante du colosse évanoui, Shina réussit tout de même à le soulever, du moins le torse... avançant péniblement, chaque marche nécessitait un effort démesuré. Une tension musculaire énorme.

Elle ne sentait plus son corps. Elle regarda en bas des marches le jeune homme qui la regardait avec un sourire. Elle savait qu'il ne lui restait que peu de temps et qu'elle n'avait plus la force d'aller jusqu'au bout pour sauver celui-là. La rage d'être aussi impuissante l'emporte alors, et dans un hurlement que l'on aurait dit sorti du fond des âges, elle se relève et amène péniblement le lourds Cassios en haut des marche. A bout de forces, elle lui fait avaler le contenu de la deuxième ampoule puis dévale les escaliers pour se charger d'Ossios. Et là encore, elle trébuche et se blesse, mais n'abandonne pas. Et là encore, elle amène le garçon en haut des marches et lui fait boire la troisième ampoule. La dernière.

Elle se retourne alors, regardant Damalis agoniser en bas de cet escalier maudit. Il était celui qui l'avait frappé le plus fort. Avec le plus de haine. Il est celui qu'elle a choisi de laisser mourrir. Et malgré ce qu'il lui avait fait, elle en souffre. Et le maitre d'arme le voit. Et il le sait.

Il se dirige alors vers Damalis, inanimé au sol, et porte à sa bouche une ampoule identique à celles qu'elle a administré aux trois autres garçons.

Surprise.

Le maître d'arme se relève et lui adresse un sourire de contentement. Il le savait. Elle réussirait cette épreuve. Elle seule en doutait jusqu'à présent.


Bienvenue parmi nous, fillette. Ce furent là ses seuls mots entérinant l'adhésion de Shina au groupe des apprentis chevaliers. Peu de mots, mais tellement chargés de sens. Une telle récompense pour toutes les souffrance endurées.

S'ensuivirent des années d'entraînement où tout ce que le maître d'arme savait sur le sanctuaire d'Athéna, le Parthénon et les chevaliers protecteurs de la Déesse lui ont été transmis autant que les techniques de combat. Il n'était qu'un intermédiaire, celui qui recrutait et formait les prétendants au titre de chevalier d'Athéna. Nul ne sait vraiment s'il en est un lui-même, ou un ancien prétendant éconduit mais toujours au service de la Déesse de manière indirecte. Mais sa loyauté envers elle est indéfectible, c'est une certitude.

C'était il y a quatre ans.

...

Silence.

Pas un de ces silences traduisant une gêne. Non. Un silence traduisant plutôt une complicité entre l'élève et le maître assis l'un à côté de l'autre sur ce rocher d'où l'on poeut contempler à loisir le Parthénon. Un sanctuaire dont elle sera l'un des gardiens un jour.

Le maître regarda son élève. Celle dont il est le plus fier. Peut-on réellement considérer que ce lien particulier se rompt lorsque l'élève devient l'égale du maître? Honnêtement, il en a toujours douté en son for intérieur. Car il a beau essayer de ne la voir que comme un futur chevalier protecteur de ce sanctuaire, il ne peut s'empêcher d'y voir la future femme. Elle forte et sauvage. Implacable et tenace. Elle sera crainte et se fera obéir. Mais le maître sait également ce qui se cache en elle. Et c'est bien là le problème. Shina est une fillette qui ne laisse pas indifférent... et on peut rapidement se laisser prendre au piège si l'on n'est pas vigilant.

Troublé, le maître détacha son regard de sa captivante élève et s'efforça d'admirer le sanctuaire depuis sa position afin de masquer son émoi.

Il sait toute la sensibilité et l'amour que recèle cette future femme. Il le sait. Et ne lui dira jamais, probablement. Mais a t'il même besoin d'en arriver là? La complicité entre le maître et l'élève va bien au delà des mots.


Demain, elle gravira les marches la faisant entrer dans le sanctuaire.


Demain, elle deviendra chevalier.
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Shaina
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Re: [BG] Shina, ou la fureur

Messagepar Shaina » mar. mai 22, 2012 9:26 pm

EFFACE
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Re: [BG] Shina, ou la fureur

Messagepar Shaina » mar. mai 22, 2012 9:33 pm

EFFACE
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Ninsouna
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Re: [BG] Shina, ou la fureur de vivre [A VALIDE]

Messagepar Ninsouna » jeu. mai 24, 2012 2:49 pm

Je lis ça dés que j'ai un moment et je pense valider. C'est très complet apparemment.
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Nikiolas
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Re: [BG] Shina, ou la fureur de vivre [A VALIDE]

Messagepar Nikiolas » jeu. mai 24, 2012 3:00 pm

Attention par contre, on sent que le récit est plus contemporain de Saint Seiya que de l'histoire dans laquelle GW se passe (organiser un Noël en Grèce, référence à un orphelinat tenu par des soeurs, et autre). Donc de ce point de vu là, je ne juge pas les critères d'accession au clan Athèna, le BG n'est pas valide. Il serait bien de corriger donc cela avant que Ninsouna ne se porte sur la lecture du BG :wink:
Je te rapelle donc que le jeu et donc le RP de ton personnages se déroulent tous deux dans les temps mythologiques. A adapter donc en fonction de cela. On peut considérer l'existence d'institutions s'occupant des enfants abandonnés et/ou orphelins, de dévôts envers un dieu etc... donc tu auras pas grand chose à changer pour faire coller l'histoire à la temporalité du jeu.
Sinon bon récit, bien structuré :wink:
Shaina
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Re: [BG] Shina, ou la fureur de vivre [A VALIDE]

Messagepar Shaina » jeu. mai 24, 2012 4:33 pm

En effet, j'ai réalisé cela APRES avoir écrit mon récit. Tout comme l'idée du flash back qui, finalement, laisse entendre que Shina est DEJA entrée dans l'enceinte, ce qui est aussi contre les règles du BG de cette section.
Je vais donc refaire à la suite de ce post mon BG en tenant compte de ces deux paramètres afin que le fond soit en accord avec les règles (que j'ai lu beaucoup trop vite avant de me lancer dans l'aventure... mon empressement me perdra!).
Ce soir, promis!
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Re: [BG] Shina, ou la fureur de vivre [A VALIDE]

Messagepar Shaina » jeu. mai 24, 2012 6:13 pm

Voilà le texte revisité à considérer. Et encore désolé pour ce faux départ! La prochaine fois, je lirai plus attentivement les instructions avant de me lancer à corps perdu! :oops:


SHINA, OU LA FUREUR DE VIVRE

Il fait chaud ce soir là dans les montagnes grecques des environs d'Athènes. Shina, jeune fille au visage masqué, s'entraîne avec acharnement, sous la houlette du maître d'arme ayant comme charge l'entraînement des prétendants au titre de chevalier d'Athéna. Ignorant la fatigue, elle continue son entraînement. Seule, comme à son habitude, contrairement au reste des élèves et apprentis. Elle se sent tellement plus à son aise sans aucun témoin. Toute à son activité physique, son esprit s'évade un instant... laissant des souvenirs pourtant continuellement refoulés revenir... sa vie «d'avant».

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Stoppée net dans son élan, elle tombe à genoux, comme blessée mortellement. Mais la blessure est n'est pas physique. Elle est d'une toute autre nature, probablement plus fatale encore pour la fière jeune fille. Car c'est son âme qui souffre alors, et non son corps. Souffrance qu'elle ne pourra jamais effacer malgré tous les entraînements du monde, aussi durs soient-ils.

Les souvenir l'assaillent alors par flashs. Des souvenirs qui viennent de son subconscient, tellement elle avait oeuvré depuis la perte de ses parents à effacer consciencieusement de sa mémoire toute trace se sa vie avant l'accident. Mais maintenant, ces images s'imposent à elle, sans aucun contrôle possible. Sans aucune pudeur, sans aucun égard pour la souffrance engendrée. Comme un rappel cruel qu'on n'échappe pas à son passé.

Des images fugaces de bonheur, de jouets en bois et de baisers tendres entourés par ses parents. Des rires enfantins résonnent dans sa tête. Les siens. L'approche des mystères d'Eleusis, fêtes célébrées aux alentours d'Athènes en l'honneur de Démèter etde sa fille, Korè. Et un mystérieux voyage pour une destination qui restera inconnue.

Puis l'accident. Sans transition, sans ménagement. La vision sanglante imposée à une enfant de quatre ans ou presque, toute encore immergée dans son cocon protecteur familial. La chute de cette falaise sans fond revenant sans cesse dans ses cauchemars, le choc qui la sortit de son sommeil profond, accrochée comme par miracle à un pan de la falaise par son vêtement, alors que ce qui était sa famille gisait désormais inerte au fond du gouffre.

Sous son masque, Shina sens une larme sourdre. L'image persiste, elle fait mal.


Pourquoi papa? Pourquoi, maman? Murmure t'elle, terrassée par ce souvenir tant de fois refoulé, jusqu'à avoir été oublié... du moins le pensait-elle.

Pourquoi m'avez vous laissé?

La détresse profonde laisse alors la place à la colère. Colère envers ses parents de l'avoir ainsi abandonnée à son sort, colère envers ceux qui ne l'ont pas préparé à ce qui l'attendait. Colère peut-être également contre elle-même pour n'avoir pas réussi à bannir définitivement ce passé de sa mémoire... de laisser une telle faiblesse prendre le dessus sur celle tentant coûte-que-coûte de se montrer digne de devenir un chevalier d'Athéna.

Rhâââââ!

Shina se relève et pulvérise de rage d'un seul coup un rocher, sa force décuplée par la souffrance que ses souvenirs incontrôlés lui infligent, sous le regard étonné du maître d'arme. Jamais elle n'avait atteint réussi cela, comme la plupart de ses co-apprentis, d'ailleurs. Intrigué, il s'approche avec prudence, entendant désormais les mots de la fillette.

Non! Je ne souffrirai pas! Je ne souffrirai plus!

Vaine tentative. Les images de l'orphelinat sous tutelle de l'archonte eponyme où elle a atterri l'assaillent alors avec violence, comme un pied de nez à sa volonté.

Détresse.

La détresse muette de la petite fille aux cheveux aux reflets verts ayant perdu sa seule famille, entourée de personnes qu'elle ne comprenait pas. Un dialecte local différent du sien, probablement. Comment aurait-elle pu comprendre à 4 ans à peine que ses parents avaient prévu de passer les mystères d'Eleusis chez un membre éloigné de la famille et qu'ils avaient traversé la moitié de la Grèce pour finalement périr dans cet accident non loin de la destination finale, aux alentours d'Athènes?

Mutisme.

Elle se revoit alors enfermée dans son mutisme, assise sans un coin de la cour. Regardant et écoutant tout. Rien ne lui échappait alors. Ni les autres petites filles déblatérant sur son compte devant elle, ni les garçons qui l'avaient surnommée Ophis, le serpent, rapport à ses cheveux aux reflets verts dans le soleil du matin et son mutisme continuel. S'ils savaient qu'elle comprenait leur dialecte acquis si rapidement et sans que quiconque ne s'en aperçoive, s'ils savaient qu'à chaque raillerie sa colère grandissait. S'ils savaient, ces orphelins, qu'elle se griffait discrètement la main jusqu'au sang pour ne pas crier, pleurer, montrer son désarroi.

Colère.

Et quand l'auto-mutilation ne suffit pas à empêcher les larmes d'apparaître, elle se lançait alors à corps perdu dans une bagarre perdue d'avance, par fierté, afin que personne ne puisse déceler sa faiblesse... sa soif d'amour et de tendresse inassouvie

Soif de tendresse.


Seule Agathókleia savait. Agathókleia qui pansait ses plaies après chaque bagarre, et qui tentait bien à chaque fois d'arracher une confession, une explication, mais la seule chose qu'elle obtenait était un sourire d'apaisement de la petite fille.

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Une autre image l'assaille. Une image où Agathókleia la console dans ses bras. Une image où elle ne pleure pas, mais où son désespoir est si grand qu'elle trouve refuge l'espace d'un instant, sans autre témoin que cette jeune femme compatissante, dans les bras et la chaleur maternelle de la seule qui la comprenne, au delà des mots.

C'est Athanasios qui t'a fait ça, n'est-ce pas? Entendit-elle encore chuchoter dans son oreille, plus de 12 ans après.

Shina ne bronchait pas, savourant cet instant de chaleur humaine. Elle sentit bien une larme couler sur sa joue, mais ce n'était pas la sienne. C'était Agathókleia qui souffrait pour elle et qui, elle aussi blottie contre l'enfant, laissait ainsi échapper son trop-plein d'émotion, de frustration, d'amour inassouvi...


Il ne faut pas lui en vouloir, tu sais, Shina. Il est tout aussi malheureux que toi, mais il ne sait pas l'exprimer autrement. Tu comprends? Ha, si les Dieux pouvaient me donner le moyen de guérir vos plaies à chacun de vous. Vos plaies de l'âme. Je vois, impuissante, s'instaurer au tréfond de vos âmes des valeurs qui ne sont pas celles de notre cité, et j'ai peur pour vous, Shina... laisse moi t'aider, je t'en supplie. Qui sait si tout cela, aussi cruel soit-il, ne te destine pas à un brillant avenir. Le meilleur sort souvent du pire, Shina... n'oublie pas cela.

Shina le savait déjà... en son for intérieur, elle se doutait bien que tout cela ne pouvait pas être un accident, mais un passage. Un passage qui l'amènera à être plus forte que les autres. Plus rapide, plus puissante, afin de ne plus jamais subir... mais elle se doutait bien que ce n'était pas ce que Agathókleia avait alors en tête et préféra ne pas la contredire. Elle qui était la seule à lui prodiguer encore l'amour dont elle se nourrissait encore comme une larve dans sa chrysalide avant l'éclosion. Certains papillons ne se nourrissent pas une fois éclos. Shina souhaitait ardemment qu'une fois éclose, elle n'aurait plus besoin d'amour. Car c'est là la réelle souffrance.

Frustration.

La porte s'ouvre brutalement. Elefthería, la prêtresse supérieure Agathókleia, fit irruption comme une furie.


Cette petite peste muette comme une carpe s'est encore réfugiée ici! Je sais que c'est toi qui a provoqué cette bagarre! Tous les autres t'ont dénoncé, petite idiote! Tu vas tâter du bâton pour avoir ainsi enfreint les règles sacrées de cet orphelinat, Ophis!

Agathókleia, qui serrait alors Shina dans ses bras, réagit soudain:

Elle s'appelle Shina, pas Ophis! Et vous savez très bien qu'elle est la souffre-douleur de ses camarades, Elefthería! Pourquoi jouer ainsi ce jeu cruel? Votre coeur...

Elle ne put terminer sa phrase. Une baffe magistrale l'envoyait balader non loin. Elefthería prit sans ménagement le bras de Shina.

Vous oubliez à qui vous parlez, Agathókleia! Cette petite peste qui refuse notre enseignement se doit d'être punie. Quand à vous, Agathókleia, je vous retire la responsabilité de cette infirmerie. Il est temps de mettre un peu de discipline dans cet établissement!

C'était la dernière fois que Shina vit Agathókleia. Mais pas la dernière qu'elle subit un châtiment corporel. Elefthería était fort inventive dans ce domaine. Bâton, fouet... tout semblait possible à cette femme pour faire entrer les règles et obtenir une obéissance absolue.

Puis les images s'arrêtèrent. Comme pour lui permettre de reprendre le cours de son destin mais sans oublier d'où viennent sa détermination et sa force.

Elle s'assoit sur les restes du rocher qu'elle vient de pulvériser. Tout était calme. Pas de bruit particuliers trahissant l'activité d'un individu ou d'un groupe. Rien que le bruit du vent omniprésent dans ces montagnes non loin du Parthénon...

Les images qui s'étaient imposées brutalement à elle se sont évanouies dans l'espace et le temps... était-ce bien elle? Certaines fois, elle va jusqu'à en douter. Ce bébé heureux appelants aux baisers aimants de son entourage qui hante ses souvenirs, ses rêves ou ses cauchemars... l'a t'elle été vraiment?


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Un petit rire sarcastique la trahit... oui, c'était bien elle. Sa malheureuse expérience de cette nuit ne peut le démentir. Mais quel chemin depuis! Quel parcours depuis la petite orpheline abandonnée et victime des autres enfants ou d'Elefthería jusqu'à la fillette aussi résiliente que le plus dur des aciers! A bien y repenser, cela prit du temps, mais le résultat en valait la chandelle.

Le regard perdu dans l'horizon lointain sous ce soleil brûlant qui se levait, astre majestueux donnant la vie à cette terre sèche de Grèce et dont le royaume céleste d'un bleu éclatant n'est strié que de rares nuages ou de trainées d'avions à réaction... éphémères traces des humains essayant de dompter ce qui revient de droit aux Dieux qui gouvernent ou se disputent ce monde sans même qu'ils s'en rendent compte...


Idiots! Si vous saviez! Murmure t-elle... ce monde si sûr de son emprise sur les éléments en est en fait le jouet bien involontaire... tout comme je l'ai été moi-même!

Et celle fois, c'est de sa propre volonté qu'elle revisita son passé depuis l'orphelinat....

...

Derniers instants à l'orphelinat


Nan! Laisse moi! Je n'veux pas être adoptée! Nan!

La petite fille aux cheveux blond vénitien légèrement verts sous le soleil se déhanche et se tortille, tirée sans ménagement par une nonne peut accommodante...

Tu viendras, petite peste d'Ophis! Ne crois pas que ce saint lieu acceptera plus longtemps ta présence! Crois tu que je n'ai pas vu ton petit manège, petite furiée? Tu n'es pas digne de notre enseignement et du pain qui te nourrit! vocifère la femme acariâtre.

Nan! C'est pas vrai! Lâche moi! Se plaignait la petite fille.

Tais toi donc! Ha, Agathókleia a été trop bonne avec toi et n'a pas sû déceler ce mal que tu portais en toi! Tu es maudite, petite étrangère, et ta simple présence pervertit ce site dédié aux seuls enfants d'Athènes!

Naaaan! Laisse moi! Laisse moi! Laisse moi! LAISSE MOI!


Cette fois, c'en était trop, et la rage qu'elle avait si longtemps accumulée et contenue prit possession de Shina. Elle n'avait beau avoir que 5 ans, son corps avait appris à supporter coups et blessures, ainsi que les privations imposées par les humeurs de Elefthería. Elefthería qui, cette fois encore, tentait de la mettre plus bas que terre. Un sentiment d'injustice totale l'envahit et, les yeux exorbités, Shina mordit pleinement dans la main qui la tenait prisonnière.

Un hurlement de douleur retentit dans la cours de l'orphelinat... le goût du sang dans sa bouche ne fit que décupler sa rage, et Shina, plutôt que de s'enfuir, s'acharna sur sa tortionnaire... la ruant de coups et évitant ses revers de main en guise de défense maladroite et désordonnée... jusqu'au moment où un de ces revers la cueillit par chance de plein fouet au visage et l'envoya paître plus loin. Mais cela ne découragea pas la petite fille qui se releva sans sourciller malgré sa lèvre ouverte et se rua redechef sur elle.


Elle est possédée! Faites quelque chose! A l'aide!

Ces hurlements de terreurs provenant de celle qui était à l'origine de tant de maux fit naître une satisfaction sans bornes chez la petite Shina... tandis que d'autres prêtresses accouraient, affolées, pour découvrir le spectacle hallucinant d'Elefthería saignant abondamment recroquevillée sur elle-même et gesticulant en tous sens comme pour se débarrasser du harcèlement d'un adversaire virevoletant qui n'était qu'une petite fille de 5 ans...

Autour de la scène de combat, d'autres orphelins assistaient impuissants et éberlués eux aussi. Surtout Athanasios qui ne reconnaissait plus celle qui fut son souffre-douleur préféré depuis plus d'un an...

Shina s'arrêta soudain... ses mains étaient meurtries à force de frapper. Ses muscles tétanisés. Elle regarda autour d'elle et vit, derrière la barrière de spectateurs que faisaient les orphelins médusés, les prêtresses aux yeux exorbités de crainte mystique.

Un regard furtif à gauche, un autre à droite... Shina se sentit prit au piège... et la simple idée de ce que lui réserverait Elefthería pour ce qui venait de se passer n'arrangeait rien. Elle commença à paniquer, chercher une issue.

Athanasios, d'un regard étrangement complice, suivi de ses habituels sous-fifres, prit Shina par la main et courut au loin avec elle...


Putain, la râclée que tu as foutu à la vieille peau! J'te savais pas comme ça, Ophis!

Ils couraient jusqu'à bout de souffle au travers de la cours de l'orphelinat, poursuivit par une horde de prêtresses hystériques. Certaines fois utilisant des raccourcis aléatoires ou des trous dans le bâtiment d'un âge plus que vénérable. Puis ils se plaquèrent derrière un mur croulant sous le lierre et la vigne vierge. Athanasios et ses copains retenaient leur souffle et d'un doigt sur la bouche, ils firent signe à Shina de faire silence...

Les furies en robe noire passèrent non loin en hurlant comme des folles... puis plus rien. Le silence revint, perturbé par les seuls crissements des cigales.

Athanasios reprit alors à voix basse:


La vâche, elle a dérouillé! Viens on connait une sortie sous le mur plus à l'ouest... on l'a creusée avec les autres et c'est réservé à nous seuls, quand on a envie de s'éclater dehors. A ceux du clan... enfin aux gars quoi! Mais là, t'as gagné le droit de l'utiliser, Ophis! Parole!

Shina ne dit pas un mot. Bizarrement, celui qu'elle considérait comme son ennemi personnel dans le microcosme de la cours de l'orphelinat venait de lui faire le plus merveilleux des compliments: elle était désormais respectée par le clan si fermé des garçons qui faisaient la loi ici.

Seul le brouhaha grandissant des prêtresses se rapprochant précipita le mouvement. Elle s'engouffra dans la sorte de terrier grossièrement creusé par les ingénieux orphelins fugueurs à l'occasion. Elle déboucha dehors, recouverte de la terre sèche de Grèce, et courut vers la liberté, ne se retournant pas mais entendant tout de même au loin les encouragements des orphelins...


...

Shina sourit sous son masque... elle sourit au souvenir qu'est sa première vraie prise en main de son propre destin. Un saut dans l'inconnu. Une légère nostalgie s'empare d'elle... que son devenus ses camarades orphelins, eux? Sûrement ont-ils lourdement payé l'aide apportée pour son évasion...

Un lièvre passe devant elle, fuyant un hypothétique prédateur. L'espace d'un instant, elle se retrouva dans cet animal. Une impression fugace qui trouvait sa source dans ses souvenirs plus flous dans la période certes courte, mais pénible qui suivit son évasion de l'orphelinat. Tout ce dont elle se rappelle, c'est de la faim qui faisait gronder son ventre. Combien de temps cette fuite éperdue a t'elle eu lieu? Shina ne saurait le dire... elle se prend même à s'impressionner d'avoir survécu aussi longtemps dans la campagne grecque. Jusqu'au moment où elle tomba nez-à-nez avec un étrange personnage, un matin d'été...


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Sentiment d'un profond sommeil réparateur... d'une faim tenaillant son estomac rebelle mais en même temps d'un sentiment de sécurité. Les yeux s'entr'ouvrent. Au pied de ce vieil olivier feuillu, non loin de structures anciennes à colonnes... le refuge était sommaire, mais au moins personne ne passait pas ici... le soleil perçait.

Je repense à cette époque où ta solitude fut éprouvée. Arion avait vu juste, une fois de plus, en pensant que les traumatismes qui te hantaient te permettraient de puiser une force rarement égalée par tes semblables. Et il eut également raison de me confier la formation du chevalier que tu seras.

Arrivée importune de son maître d'arme, comme à son habitude, d'ailleurs. Il avait cette étrange habitude de se sentir partout chez lui et de ne jamais sentir quand il était opportun ou non de s'imposer. Shina aurait envoyé promener quasiment n'importe qui... mais le lien de maître à élève a toujours été fort chez elle. Elle est fidèle à ceux qui ont su pénétrer son âme.

Elle sourit sous son masque. Sans le savoir, l'évocation de cette phrase avait déclenché l'arrivée d'autres souvenirs. Ceux de son apprentissage, et notamment du premier. Le plus difficile, probablement...


...

Ossios, Damalis, Sebasten et Cassios. Quatre garçons gravement blessés au sol, devant elle... une épée de Damoclès au dessus de leur tête avec comme seul espoir une fillette de 6 ans.

Shina se retrouvait muette devant l'homme aux pouvoirs si immenses responsable de cette situation... leur maître d'arme à l'armure étrange et à la force colossale. Elle comprenait mal également le pourquoi de ce châtiment si cruel. Ossios et Damalis sont ceux qui l'avaient frappé la veille, les deux autres n'étaient que des spectateurs les encourageant, certes, mais pas vraiment coupables. Pas plus que les autres, du moins.

Elle regarda le maître d'arme dans les yeux... et il put alors y lire toute la détermination de la fillette, mais également sa défiance.

Sans mot dire, elle se dirigea vers le premier d'entre eux qu'elle jugeait innocent, du moins par les actes. Sebasten. Le choix était notamment motivé par le fait qu'il était sans conteste le plus léger des quatre agonisants. Elle essaya de le soulever, mais malgré sa faible constitution relative, il pesait largement plus qu'elle n'était capable de soulever. Alors elle le traîna au pied de l'escalier en le tirant par les épaules.

Le soleil se levait et commençait déjà à assécher la rosée laissée par le petit matin. La fournaise ne tarderait pas à venir.

Faisant désormais face à l'escalier, Shina savait qu'elle ne pouvait plus procéder ainsi dans les escaliers. Elle se glissa alors sous Sebasten, non sans mal. Puis elle poussa sur ses jambes. Lentement, Sebasten se trouva partiellement soulevé du sol, une petite fille courbée sous lui. Shina avança alors un pied, puis le deuxième... marche par marche, elle gravit ce qui lui semblait un escalier démesuré.

Elle serrait les dents... des larmes coulaient sur ses joues. Des larmes de désespoir et de sentiment d'impuissance. Des larmes de colère contre ce jeune homme capable d'infliger une telle souffrance avec tant de facilité. Des larmes de colère envers elle-même pour ne pas être suffisamment forte pour venir à bout de cette épreuve.

A mi-chemin du premier escalier, elle manqua une marche. Elle chuta, entraînée par le poids de Sebasten. Sa tête heurta une des marches de pierre millénaire de ce lieu sacré, proche du Parthénon. Du sang coula de son front, se mêlant à celui de Sebasten qui continuait à se vider et à s'affaiblir. Péniblement, elle se releva de dessous lui et reprit l'ascension. Une marche puis l'autre. Le temps était compté, et malgré tous ses efforts, il lui fallut bien plus que 15 minutes pour amener Sebasten au sommet des trois escaliers. Epuisée, les mains ensanglantée, gênée par ce masque de bois partiellement défoncé par les chutes répétées sur les marches en pierre, elle lança un regard circulaire. Une boîte l'attendait sur une sorte d'autel... Essouflée, elle se traîna jusqu'à la boîte. Une inscription dessus, qu'elle déchiffra sans trop de difficulté. Pour une fois, les cours d'Elefthería ont servi à quelque chose... «Ophiuchus». Elle l'ouvrit. Des sortes de petites ampoules. Trois. Pas quatre. Trois. Des ampoules liées par un fil bien solide à cette boîte, elle-même solidaire du rocher sur lequel elle trônait.

Panique.

Shina saisit une des ampoules qui trônaient à côté de la boîte. Le sang coulant de son arcade sourcilière ouverte sous son masque l'aveuglait, tout comme ses larmes de frustration et de colère. Le masque lui-même l'étouffait, l'empêchant de respirer à son aise.

Agenouillée devant Sebasten, toujours conscient mais agonisant, elle lui ouvrit la bouche et lui versa le contenu... puis laissa Sebasten évanoui en haut des marches et alla chercher Cassios.

Cassios était, contrairement à Sebasten, une force de la nature. Malgré ses 8 ou 9 ans, il pesait facilement le double de Shina. Alors qu'elle dévalait les marches à sa rencontre, il jeta un dernier regard vers elle, puis tourna de l'oeil lui aussi... le venin commençait son effet destructeur, le temps devenait oppressant.

Shina se glissa sous lui et essaya de répéter l'opération qui avait réussi sur Sebasten. Mais Cassios était d'un tout autre gabarit, et l'affaire semblait impossible. Hurlant de douleur sous la masse écrasante du colosse évanoui, Shina réussit tout de même à le soulever, du moins le torse... avançant péniblement, chaque marche nécessitait un effort démesuré. Une tension musculaire énorme.

Elle ne sentait plus son corps. Elle regarda en bas des marches le jeune homme qui la regardait avec un sourire. Elle savait qu'il ne lui restait que peu de temps et qu'elle n'avait plus la force d'aller jusqu'au bout pour sauver celui-là. La rage d'être aussi impuissante l'emporte alors, et dans un hurlement que l'on aurait dit sorti du fond des âges, elle se relève et amène péniblement le lourds Cassios en haut des marche. A bout de forces, elle lui fait avaler le contenu de la deuxième ampoule puis dévale les escaliers pour se charger d'Ossios. Et là encore, elle trébuche et se blesse, mais n'abandonne pas. Et là encore, elle amène le garçon en haut des marches et lui fait boire la troisième ampoule. La dernière.

Elle se retourne alors, regardant Damalis agoniser en bas de cet escalier maudit. Il était celui qui l'avait frappé le plus fort. Avec le plus de haine. Il est celui qu'elle a choisi de laisser mourrir. Et malgré ce qu'il lui avait fait, elle en souffre. Et le maitre d'arme le voit. Et il le sait.

Il se dirige alors vers Damalis, inanimé au sol, et porte à sa bouche une ampoule identique à celles qu'elle a administré aux trois autres garçons.

Surprise.

Le maître d'arme se relève et lui adresse un sourire de contentement. Il le savait. Elle réussirait cette épreuve. Elle seule en doutait jusqu'à présent.


Bienvenue parmi nous, fillette. Ce furent là ses seuls mots entérinant l'adhésion de Shina au groupe des apprentis chevaliers. Peu de mots, mais tellement chargés de sens. Une telle récompense pour toutes les souffrance endurées.

C'était il y a quatre ans.

...

Silence.

Pas un de ces silences traduisant une gêne. Non. Un silence traduisant plutôt une complicité entre l'élève et le maître assis l'un à côté de l'autre sur ce rocher d'où l'on poeut contempler à loisir le Parthénon. Un sanctuaire dont elle sera l'un des gardiens un jour.

Le maître regarda son élève. Celle dont il est le plus fier. Peut-on réellement considérer que ce lien particulier se rompt lorsque l'élève devient l'égale du maître? Honnêtement, il en a toujours douté en son for intérieur. Car il a beau essayer de ne la voir que comme un futur chevalier protecteur de ce sanctuaire, il ne peut s'empêcher d'y voir la future femme. Elle forte et sauvage. Implacable et tenace. Elle sera crainte et se fera obéir. Mais le maître sait également ce qui se cache en elle. Et c'est bien là le problème. Shina est une fillette qui ne laisse pas indifférent... et on peut rapidement se laisser prendre au piège si l'on n'est pas vigilant.

Troublé, le maître détacha son regard de sa captivante élève et s'efforça d'admirer le sanctuaire depuis sa position afin de masquer son émoi.

Il sait toute la sensibilité et l'amour que recèle cette future femme. Il le sait. Et ne lui dira jamais, probablement. Mais a t'il même besoin d'en arriver là? La complicité entre le maître et l'élève va bien au delà des mots.


Demain, elle gravira les marches la faisant entrer dans le sanctuaire.


Demain, elle deviendra chevalier.
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Ninsouna
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Re: [BG] Shina, ou la fureur de vivre [A VALIDE]

Messagepar Ninsouna » ven. mai 25, 2012 1:53 am

Un vrai plaisir à lire. Je te remercie beaucoup. Bravo.
Cependant, j'ai trouver es choses à modifier. Ce sont des choses que tu ne pouvais pas forcément savoir, mais liées avec le clan et le BG du clan.

Tout d'abord, concernant les prêtresses d'Athènes. Je vois mal Athéna, dont l'une des valeurs est justement la justice, laisser ses prêtresses et surtout une supérieure agir avec autant d'injustice que ça. Je pense qu'il faudrait resituer ça ailleurs qu'à Athènes. L'orphelinat peut être proche, mais pas là selon moi.

Ensuite, tu parles de Shina comme d'une apprentie. Cela voudrait dire qu'elle a déjà vu un oracle au sanctuaire et qu'il lui a donné son accord pour être apprentie. Chose que tu dois faire après. On ne devient chevalier qu'après une cérémonie, mais après être un apprenti.
En fait, le schéma est simple : On a son histoire (BG validé), puis on gravit un chemin pour accéder au sanctuaire (sur le forum RP d'Athéna). C'est un chemin caché, long et difficile d'accès. Puis, après purification, on se retrouve devant un oracle qui vous dit si vous pouvez ou non rester en tant que apprenti. E,n général, il dit oui, mais il faut savoir le convaincre, sachant qu'il lit dans le cœur des gens.
Alors, seulement tu sera apprentie d'Athéna. Après des quêtes et quelques aventures, si les oracles te jugent enfin prête, tu pourras devenir chevalier. En pratique, ça se passe en même temps que d'autres apprentis et guerriers. Entre-temps, tu peux aussi devenir une gardienne d'Athéna si les oracles te donnent une armure de garde. Par exemple, mon personnage Adapa n'est qu'un apprenti, même s'il est validé. Tandis qu'un autre de mes personnages, Étana qui a une armure de garde, est un apprenti, mais aussi un gardien d'Athéna.
Par contre ton entrainements peut avoir lieu dans Athènes. Mais ne te dis pas déjà apprentie d'Athéna.
Ceci dit, la dernière phrase peut rester. Mêle si c'est pas forcément "demain", littéralement, ça peut être "demain", dans le sens "dans le futur".

Enfin, il manque une chose : pourquoi souhaite-t-elle devenir chevalier (surtout que ce sont des prêtresse d'Athéna qui lui font subir autant de souffrance par leur mépris). Qui lui en a parlé ? Agathókleia ?

Donc, c'est surtout le lieu qui est à revoir. Une ville proche d'Athènes (mais pas trop liée à elle non plus) serait plus logique.

Concernant l'amure d'Ophiucus, je suis moins sûr. Bien que tu ne dis jamais qu'il s'agit de l'armure, on le devine facilement. Je doute qu'elle soit aussi accessible. Les armures (en général, on a pas mal d'exception) se trouvent au sanctuaire. Mais elle peuvent aussi être dispersée. Donc, à voir comment tu peux le tourner.
Partie à revoir aussi donc.
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Re: [BG] Shina, ou la fureur de vivre [A VALIDE]

Messagepar Shaina » ven. mai 25, 2012 10:09 am

[Changements faits tels que tu l'as demandé. Elle vient d'Egine, ses parents se sont noyés dans la traversée du golfe saronique, l'orphelinat est à Mégare, je détaille sa rencontre avec le maître d'arme (pas de nom, juste son titre). J'ai effacé le nom "Ophiuchus" sur la boîte (elle devient donc une boîte "classique") et j'ai changé "apprenti" en "prétendants pour entrer dans le sanctuaire". Ainsi elle aura eu un entraînement par le maître d'arme non loin du sanctuaire avec les autres prétendants, et le récit s'achève sur le fait que le lendemain, elle gravira l'escalier pour y entrer.]




SHINA, OU LA FUREUR DE VIVRE

Il fait chaud ce soir là dans les montagnes grecques des environs d'Athènes. Shina, jeune fille au visage masqué, s'entraîne avec acharnement, sous la houlette du maître d'arme ayant comme charge l'entraînement des prétendants à l'honneur de pouvoir pénétrer le lieu sacré du Parthénon. Ignorant la fatigue, elle continue son entraînement. Seule, comme à son habitude, contrairement au reste des élèves et apprentis. Elle se sent tellement plus à son aise sans aucun témoin. Toute à son activité physique, son esprit s'évade un instant... laissant des souvenirs pourtant continuellement refoulés revenir... sa vie «d'avant».

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Stoppée net dans son élan, elle tombe à genoux, comme blessée mortellement. Mais la blessure est n'est pas physique. Elle est d'une toute autre nature, probablement plus fatale encore pour la fière jeune fille. Car c'est son âme qui souffre alors, et non son corps. Souffrance qu'elle ne pourra jamais effacer malgré tous les entraînements du monde, aussi durs soient-ils.

Les souvenir l'assaillent alors par flashs. Des souvenirs qui viennent de son subconscient, tellement elle avait oeuvré depuis la perte de ses parents à effacer consciencieusement de sa mémoire toute trace se sa vie avant l'accident. Mais maintenant, ces images s'imposent à elle, sans aucun contrôle possible. Sans aucune pudeur, sans aucun égard pour la souffrance engendrée. Comme un rappel cruel qu'on n'échappe pas à son passé.

Des images fugaces de bonheur, de jouets en bois et de baisers tendres entourés par ses parents. Des rires enfantins résonnent dans sa tête. Les siens. L'approche des mystères d'Eleusis, fêtes célébrées aux alentours d'Athènes en l'honneur de Démèter et de sa fille, Korè. Et un voyage dans une frêle esquif pour quitter leur île, probablement Egine, pour rallier la fête.

Puis le naufrage. Sans transition, sans ménagement. La vision de la noyade imposée à une enfant de quatre ans ou presque, toute encore immergée dans son cocon protecteur familial. Sa mère, puis son père se noyant sous ses yeux, tenant leur enfant à bout de bras pour tenter de la sauver de la fureur de Poséidon. Le ballottement dans les vagues. Puis le néant.

Sous son masque, Shina sens une larme sourdre. L'image persiste, elle fait mal.


Pourquoi papa? Pourquoi, maman? Murmure t'elle, terrassée par ce souvenir tant de fois refoulé, jusqu'à avoir été oublié... du moins le pensait-elle.

Pourquoi m'avez vous laissé?

La détresse profonde laisse alors la place à la colère. Colère envers ses parents de l'avoir ainsi abandonnée à son sort, colère envers ceux qui ne l'ont pas préparé à ce qui l'attendait. Colère peut-être également contre elle-même pour n'avoir pas réussi à bannir définitivement ce passé de sa mémoire... de laisser une telle faiblesse prendre le dessus sur celle tentant coûte-que-coûte de se montrer digne de devenir un chevalier d'Athéna.

Rhâââââ!

Shina se relève et pulvérise de rage d'un seul coup un rocher, sa force décuplée par la souffrance que ses souvenirs incontrôlés lui infligent, sous le regard étonné du maître d'arme. Jamais elle n'avait atteint réussi cela, comme la plupart des prétendants, d'ailleurs. Intrigué, il s'approche avec prudence, entendant désormais les mots de la fillette.

Non! Je ne souffrirai pas! Je ne souffrirai plus!

Vaine tentative. Les images de l'orphelinat de Mégare sous tutelle de l'archonte eponyme où elle a été placée après avoir été découverte à moitié mourante sur le rivage l'assaillent alors avec violence, comme un pied de nez à sa volonté.

Détresse.

La détresse muette de la petite fille aux cheveux aux reflets verts ayant perdu sa seule famille, entourée de personnes qu'elle ne comprenait pas. Un dialecte local différent du sien, probablement. Ici, on ne parle pas la langue d'Egine, mais quelque chose de proche. Comment aurait-elle pu comprendre à quatre ans à peine que ses parents avaient prévu de passer les mystères d'Eleusis chez un membre éloigné de la famille et qu'ils avaient tenter de traverser le golfe Saronique pour finalement périr dans ce naufrage non loin de Mégare?

Mutisme.

Elle se revoit alors enfermée dans son mutisme, assise sans un coin de la cour. Regardant et écoutant tout. Rien ne lui échappait alors. Ni les autres petites filles déblatérant sur son compte devant elle, ni les garçons qui l'avaient surnommée Ophis, le serpent, rapport à ses cheveux aux reflets verts dans le soleil du matin et son mutisme continuel. S'ils savaient qu'elle comprenait leur dialecte acquis si rapidement et sans que quiconque ne s'en aperçoive, s'ils savaient qu'à chaque raillerie sa colère grandissait. S'ils savaient, ces orphelins, qu'elle se griffait discrètement la main jusqu'au sang pour ne pas crier, pleurer, montrer son désarroi.

Colère.

Et quand l'auto-mutilation ne suffit pas à empêcher les larmes d'apparaître, elle se lançait alors à corps perdu dans une bagarre perdue d'avance, par fierté, afin que personne ne puisse déceler sa faiblesse... sa soif d'amour et de tendresse inassouvie

Soif de tendresse.


Seule Agathókleia savait. Agathókleia qui pansait ses plaies après chaque bagarre, et qui tentait bien à chaque fois d'arracher une confession, une explication, mais la seule chose qu'elle obtenait était un sourire d'apaisement de la petite fille.

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Une autre image l'assaille. Une image où Agathókleia la console dans ses bras. Une image où elle ne pleure pas, mais où son désespoir est si grand qu'elle trouve refuge l'espace d'un instant, sans autre témoin que cette jeune femme compatissante, dans les bras et la chaleur maternelle de la seule qui la comprenne, au delà des mots.

C'est Athanasios qui t'a fait ça, n'est-ce pas? Entendit-elle encore chuchoter dans son oreille, plus de 12 ans après.

Shina ne bronchait pas, savourant cet instant de chaleur humaine. Elle sentit bien une larme couler sur sa joue, mais ce n'était pas la sienne. C'était Agathókleia qui souffrait pour elle et qui, elle aussi blottie contre l'enfant, laissait ainsi échapper son trop-plein d'émotion, de frustration, d'amour inassouvi...


Il ne faut pas lui en vouloir, tu sais, Shina. Il est tout aussi malheureux que toi, mais il ne sait pas l'exprimer autrement. Tu comprends? Ha, si les Dieux pouvaient me donner le moyen de guérir vos plaies à chacun de vous. Vos plaies de l'âme. Je vois, impuissante, s'instaurer au tréfond de vos âmes des valeurs qui ne sont pas celles de notre cité, et j'ai peur pour vous, Shina... laisse moi t'aider, je t'en supplie. Qui sait si tout cela, aussi cruel soit-il, ne te destine pas à un brillant avenir. Le meilleur sort souvent du pire, Shina... n'oublie pas cela.

Shina le savait déjà... en son for intérieur, elle se doutait bien que tout cela ne pouvait pas être un accident, mais un passage. Un passage qui l'amènera à être plus forte que les autres. Plus rapide, plus puissante, afin de ne plus jamais subir... mais elle se doutait bien que ce n'était pas ce que Agathókleia avait alors en tête et préféra ne pas la contredire. Elle qui était la seule à lui prodiguer encore l'amour dont elle se nourrissait encore comme une larve dans sa chrysalide avant l'éclosion. Certains papillons ne se nourrissent pas une fois éclos. Shina souhaitait ardemment qu'une fois éclose, elle n'aurait plus besoin d'amour. Car c'est là la réelle souffrance.

Frustration.

La porte s'ouvre brutalement. Elefthería, la prêtresse supérieure Agathókleia, fit irruption comme une furie.


Cette petite peste muette comme une carpe s'est encore réfugiée ici! Je sais que c'est toi qui a provoqué cette bagarre! Tous les autres t'ont dénoncé, petite idiote! Tu vas tâter du bâton pour avoir ainsi enfreint les règles sacrées de cet orphelinat, Ophis!

Agathókleia, qui serrait alors Shina dans ses bras, réagit soudain:

Elle s'appelle Shina, pas Ophis! Et vous savez très bien qu'elle est la souffre-douleur de ses camarades, Elefthería! Pourquoi jouer ainsi ce jeu cruel? Votre coeur...

Elle ne put terminer sa phrase. Une baffe magistrale l'envoyait balader non loin. Elefthería prit sans ménagement le bras de Shina.

Vous oubliez à qui vous parlez, Agathókleia! Cette petite peste qui refuse notre enseignement se doit d'être punie. Quand à vous, Agathókleia, je vous retire la responsabilité de cette infirmerie. Il est temps de mettre un peu de discipline dans cet établissement!

C'était la dernière fois que Shina vit Agathókleia. Mais pas la dernière qu'elle subit un châtiment corporel. Elefthería était fort inventive dans ce domaine. Bâton, fouet... tout semblait possible à cette femme pour faire entrer les règles et obtenir une obéissance absolue.

...

Puis les images s'arrêtèrent. Comme pour lui permettre de reprendre le cours de son destin mais sans oublier d'où viennent sa détermination et sa force.

Elle s'assoit sur les restes du rocher qu'elle vient de pulvériser. Tout était calme. Pas de bruit particuliers trahissant l'activité d'un individu ou d'un groupe. Rien que le bruit du vent omniprésent dans ces montagnes non loin du Parthénon...

Les images qui s'étaient imposées brutalement à elle se sont évanouies dans l'espace et le temps... était-ce bien elle? Certaines fois, elle va jusqu'à en douter. Ce bébé heureux appelants aux baisers aimants de son entourage qui hante ses souvenirs, ses rêves ou ses cauchemars... l'a t'elle été vraiment?


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Un petit rire sarcastique la trahit... oui, c'était bien elle. Sa malheureuse expérience de cette nuit ne peut le démentir. Mais quel chemin depuis! Quel parcours depuis la petite orpheline abandonnée et victime des autres enfants ou d'Elefthería jusqu'à la fillette aussi résiliente que le plus dur des aciers! A bien y repenser, cela prit du temps, mais le résultat en valait la chandelle.

Le regard perdu dans l'horizon lointain sous ce soleil brûlant qui se levait, astre majestueux donnant la vie à cette terre sèche de Grèce et dont le royaume céleste d'un bleu éclatant n'est strié que de rares nuages ou de trainées d'avions à réaction... éphémères traces des humains essayant de dompter ce qui revient de droit aux Dieux qui gouvernent ou se disputent ce monde sans même qu'ils s'en rendent compte...


Idiots! Si vous saviez! Murmure t-elle... ce monde si sûr de son emprise sur les éléments en est en fait le jouet bien involontaire... tout comme je l'ai été moi-même!

Et celle fois, c'est de sa propre volonté qu'elle revisita son passé depuis l'orphelinat....

...

Derniers instants à l'orphelinat


Nan! Laisse moi! Je n'veux pas être adoptée! Nan!

La petite fille aux cheveux blond vénitien légèrement verts sous le soleil se déhanche et se tortille, tirée sans ménagement par une nonne peut accommodante...

Tu viendras, petite peste d'Ophis! Ne crois pas que ce saint lieu acceptera plus longtemps ta présence! Crois tu que je n'ai pas vu ton petit manège, petite furiée? Tu n'es pas digne de notre enseignement et du pain qui te nourrit! vocifère la femme acariâtre.

Nan! C'est pas vrai! Lâche moi! Se plaignait la petite fille.

Tais toi donc! Ha, Agathókleia a été trop bonne avec toi et n'a pas sû déceler ce mal que tu portais en toi! Tu es maudite, petite étrangère, et ta simple présence pervertit ce site dédié aux seuls enfants d'Athènes!

Naaaan! Laisse moi! Laisse moi! Laisse moi! LAISSE MOI!


Cette fois, c'en était trop, et la rage qu'elle avait si longtemps accumulée et contenue prit possession de Shina. Elle n'avait beau avoir que 5 ans, son corps avait appris à supporter coups et blessures, ainsi que les privations imposées par les humeurs de Elefthería. Elefthería qui, cette fois encore, tentait de la mettre plus bas que terre. Un sentiment d'injustice totale l'envahit et, les yeux exorbités, Shina mordit pleinement dans la main qui la tenait prisonnière.

Un hurlement de douleur retentit dans la cours de l'orphelinat... le goût du sang dans sa bouche ne fit que décupler sa rage, et Shina, plutôt que de s'enfuir, s'acharna sur sa tortionnaire... la ruant de coups et évitant ses revers de main en guise de défense maladroite et désordonnée... jusqu'au moment où un de ces revers la cueillit par chance de plein fouet au visage et l'envoya paître plus loin. Mais cela ne découragea pas la petite fille qui se releva sans sourciller malgré sa lèvre ouverte et se rua redechef sur elle.


Elle est possédée! Faites quelque chose! A l'aide!

Ces hurlements de terreurs provenant de celle qui était à l'origine de tant de maux fit naître une satisfaction sans bornes chez la petite Shina... tandis que d'autres prêtresses accouraient, affolées, pour découvrir le spectacle hallucinant d'Elefthería saignant abondamment recroquevillée sur elle-même et gesticulant en tous sens comme pour se débarrasser du harcèlement d'un adversaire virevoletant qui n'était qu'une petite fille de 5 ans...

Autour de la scène de combat, d'autres orphelins assistaient impuissants et éberlués eux aussi. Surtout Athanasios qui ne reconnaissait plus celle qui fut son souffre-douleur préféré depuis plus d'un an...

Shina s'arrêta soudain... ses mains étaient meurtries à force de frapper. Ses muscles tétanisés. Elle regarda autour d'elle et vit, derrière la barrière de spectateurs que faisaient les orphelins médusés, les prêtresses aux yeux exorbités de crainte mystique.

Un regard furtif à gauche, un autre à droite... Shina se sentit prit au piège... et la simple idée de ce que lui réserverait Elefthería pour ce qui venait de se passer n'arrangeait rien. Elle commença à paniquer, chercher une issue.

Athanasios, d'un regard étrangement complice, suivi de ses habituels sous-fifres, prit Shina par la main et courut au loin avec elle...


Putain, la râclée que tu as foutu à la vieille peau! J'te savais pas comme ça, Ophis!

Ils couraient jusqu'à bout de souffle au travers de la cours de l'orphelinat, poursuivit par une horde de prêtresses hystériques. Certaines fois utilisant des raccourcis aléatoires ou des trous dans le bâtiment d'un âge plus que vénérable. Puis ils se plaquèrent derrière un mur croulant sous le lierre et la vigne vierge. Athanasios et ses copains retenaient leur souffle et d'un doigt sur la bouche, ils firent signe à Shina de faire silence...

Les furies en robe noire passèrent non loin en hurlant comme des folles... puis plus rien. Le silence revint, perturbé par les seuls crissements des cigales.

Athanasios reprit alors à voix basse:


La vâche, elle a dérouillé! Viens on connait une sortie sous le mur plus à l'ouest... on l'a creusée avec les autres et c'est réservé à nous seuls, quand on a envie de s'éclater dehors. A ceux du clan... enfin aux gars quoi! Mais là, t'as gagné le droit de l'utiliser, Ophis! Parole!

Shina ne dit pas un mot. Bizarrement, celui qu'elle considérait comme son ennemi personnel dans le microcosme de la cours de l'orphelinat venait de lui faire le plus merveilleux des compliments: elle était désormais respectée par le clan si fermé des garçons qui faisaient la loi ici.

Seul le brouhaha grandissant des prêtresses se rapprochant précipita le mouvement. Elle s'engouffra dans la sorte de terrier grossièrement creusé par les ingénieux orphelins fugueurs à l'occasion. Elle déboucha dehors, recouverte de la terre sèche de Grèce, et courut vers la liberté, ne se retournant pas mais entendant tout de même au loin les encouragements des orphelins...


...

Shina sourit sous son masque... elle sourit au souvenir qu'est sa première vraie prise en main de son propre destin. Un saut dans l'inconnu. Une légère nostalgie s'empare d'elle... que son devenus ses camarades orphelins, eux? Sûrement ont-ils lourdement payé l'aide apportée pour son évasion...

Un lièvre passe devant elle, fuyant un hypothétique prédateur. L'espace d'un instant, elle se retrouva dans cet animal. Une impression fugace qui trouvait sa source dans ses souvenirs plus flous dans la période certes courte, mais pénible qui suivit son évasion de l'orphelinat. Tout ce dont elle se rappelle, c'est de la faim qui faisait gronder son ventre. Combien de temps cette fuite éperdue a t'elle eu lieu? Shina ne saurait le dire... elle se prend même à s'impressionner d'avoir survécu aussi longtemps dans la campagne grecque. Jusqu'au moment où elle tomba nez-à-nez avec un étrange personnage, un matin d'été...


...

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Sentiment d'un profond sommeil réparateur... d'une faim tenaillant son estomac rebelle mais en même temps d'un sentiment de sécurité. Les yeux s'entr'ouvrent. Au pied de ce vieil olivier feuillu, non loin de structures anciennes à colonnes... le refuge était sommaire, mais au moins personne ne passait pas ici... le soleil perçait. Et là, devant elle, se tenait un homme vêtu d'une armure telle qu'elle n'avait jamais vu auparavant. Un homme portant un casque et la fixant attentivement.

Aussitôt, par réflexe quasi animal, elle bondit et tente de fuir, fonçant à travers les buissons qui égratignent son visage et son corps. Il n'est pas de bonne augure de croiser le chemin des hommes, et surtout des guerriers. Aussi met elle la plus de distance possible entre l'homme et elle. D'un regard au dessus de son épaule, elle vérifie, rassurée, la distance qu'elle a rapidement pu mettre entre elle et l'inconnu qui ne semble pas avoir bougé d'un iota.

Elle ralentit le rythme, se sentant en sécurité. Puis elle jette de nouveau un coup d'oeil, au cas où. Mais elle ne voit plus l'homme.

Panique.

Où est-il? Tapie sur le sol sec et poussiéreux, elle scrute les environs et écoute. L'air est empli des sons de l'été. Les insectes, les animaux grouillant partout. Mais pas de pas humains. Se serait-il finalement éloigné? Dubitative, elle risque de relever sa tête afin de s'en assurer. Et là, à deux mètres d'elle, se tient l'homme. Immobile et silencieux.


HAAAAAAAAAAA!

Prenant ses jambes à son coup, la fillette détale comme un lapin, mais à sa grande surprise, l'homme est de nouveau devant elle, immobile. Comment a t'il pu arriver là si vite et sans qu'elle s'en rende compte? Seraient-ils plusieurs finalement? Elle jette un regard en arrière. Rien. Il est donc bien seul, mais lui échapper semble illusoire au vu de sa vitesse et de sa discrétion, chose étonnante quand on considère l'armure qu'il porte. Résolue mais pas résignée, Shina se saisit d'un gros caillou assez pointu pour être dangereux. Elle le brandit..

Pars! laisse moi tranquille!

L'homme s'approche sans mot dire. Elle continue de brandir son caillou. Il s'avance toujours. Elle l'attaque alors avec toute l'énergie qu'elle peut puiser en elle, convaincue qu'elle vit ses derniers instants. Tous ses coups sont arrêtés avec aisance, mais elle surprend l'homme en lâchant soudain le caillou et en s'agrippant fermement à son bras pour mordre à pleines dents la chair exposée de son bras, jusqu'à ce qu'elle sente le goût du sang dans sa bouche.

Tu es forte et tu as soif de vivre, petite. C'est une bonne chose. Qui es tu, et que fais tu seule en ces lieux désolés? N'as tu pas de parents?

Aucune réponse ne sort de la bouche de Shina, qui continue de mordre de toutes ses forces son adversaire.

Je vois...

L'homme soulève son bras, ce qui a pour effet de soulever la fillette qui continue de s'agripper et de mordre avec acharnement.

Tu refuses de répondre. Je respecte cela. Peut-être sont-ce les dieux qui t'ont mis sur ma route, fillette. En tous les cas, c'est ce qu'il le plait de croire. Appelle moi maître d'arme et accepte de devenir mon élève. Je t'apprendrai à ta battre et à devenir plus forte. Il te faudra du courage et de la résistance. Et si au bout du compte tu t'avères en être digne, tu auras accès à un destin sans pareil.

Alors? Acceptes tu?


Sans un mot, la fillette relâche son étreinte et retombe sur le sol, la bouche maculée de sang. La colère et la peur retombent. Elle regarde l'homme avec étonnement et semble réfléchir. Puis elle se relève et s'enfuit sans donner son reste... pour revenir quelques instants après avec un pauvre balluchon. Sans mot dire, elle se poste aux côtés de l'homme et tous deux s'en vont vers Athènes...

...

Je repense à cette époque où ta solitude fut éprouvée. Arion mon maître avait vu juste, une fois de plus, en pensant que les traumatismes qui te hantaient te permettraient de puiser une force rarement égalée par tes semblables. Et il eut également raison de me confier ta formation.

Arrivée importune de son maître d'arme, comme à son habitude, d'ailleurs. Il avait cette étrange habitude de se sentir partout chez lui et de ne jamais sentir quand il était opportun ou non de s'imposer. Shina aurait envoyé promener quasiment n'importe qui... mais le lien de maître à élève a toujours été fort chez elle. Elle est fidèle à ceux qui ont su pénétrer son âme.

Elle sourit sous son masque. Sans le savoir, l'évocation de cette phrase avait déclenché l'arrivée d'autres souvenirs. Ceux de son apprentissage, et notamment du premier. Le plus difficile, probablement...


...

Ossios, Damalis, Sebasten et Cassios. Quatre garçons gravement blessés au sol, devant elle... une épée de Damoclès au dessus de leur tête avec comme seul espoir une fillette de 6 ans.

Shina se retrouvait muette devant l'homme aux pouvoirs si immenses responsable de cette situation... leur maître d'arme à l'armure étrange et à la force colossale. Elle comprenait mal également le pourquoi de ce châtiment si cruel. Ossios et Damalis sont ceux qui l'avaient frappé la veille, les deux autres n'étaient que des spectateurs les encourageant, certes, mais pas vraiment coupables. Pas plus que les autres, du moins.

Elle regarda le maître d'arme dans les yeux... et il put alors y lire toute la détermination de la fillette, mais également sa défiance.

Sans mot dire, elle se dirigea vers le premier d'entre eux qu'elle jugeait innocent, du moins par les actes. Sebasten. Le choix était notamment motivé par le fait qu'il était sans conteste le plus léger des quatre agonisants. Elle essaya de le soulever, mais malgré sa faible constitution relative, il pesait largement plus qu'elle n'était capable de soulever. Alors elle le traîna au pied de l'escalier en le tirant par les épaules.

Le soleil se levait et commençait déjà à assécher la rosée laissée par le petit matin. La fournaise ne tarderait pas à venir.

Faisant désormais face à l'escalier, Shina savait qu'elle ne pouvait plus procéder ainsi dans les escaliers. Elle se glissa alors sous Sebasten, non sans mal. Puis elle poussa sur ses jambes. Lentement, Sebasten se trouva partiellement soulevé du sol, une petite fille courbée sous lui. Shina avança alors un pied, puis le deuxième... marche par marche, elle gravit ce qui lui semblait un escalier démesuré.

Elle serrait les dents... des larmes coulaient sur ses joues. Des larmes de désespoir et de sentiment d'impuissance. Des larmes de colère contre ce jeune homme capable d'infliger une telle souffrance avec tant de facilité. Des larmes de colère envers elle-même pour ne pas être suffisamment forte pour venir à bout de cette épreuve.

A mi-chemin du premier escalier, elle manqua une marche. Elle chuta, entraînée par le poids de Sebasten. Sa tête heurta une des marches de pierre millénaire de ce lieu sacré, proche du Parthénon. Du sang coula de son front, se mêlant à celui de Sebasten qui continuait à se vider et à s'affaiblir. Péniblement, elle se releva de dessous lui et reprit l'ascension. Une marche puis l'autre. Le temps était compté, et malgré tous ses efforts, il lui fallut bien plus que 15 minutes pour amener Sebasten au sommet des trois escaliers. Epuisée, les mains ensanglantée, gênée par ce masque de bois partiellement défoncé par les chutes répétées sur les marches en pierre, elle lança un regard circulaire. Une boîte l'attendait sur une sorte d'autel... Essouflée, elle se traîna jusqu'à la boîte. Elle l'ouvrit. Des sortes de petites ampoules. Trois. Pas quatre. Trois. Des ampoules liées par un fil bien solide à cette boîte, elle-même solidaire du rocher sur lequel elle trônait.

Panique.

Shina saisit une des ampoules qui trônaient à côté de la boîte. Le sang coulant de son arcade sourcilière ouverte sous son masque l'aveuglait, tout comme ses larmes de frustration et de colère. Le masque lui-même l'étouffait, l'empêchant de respirer à son aise.

Agenouillée devant Sebasten, toujours conscient mais agonisant, elle lui ouvrit la bouche et lui versa le contenu... puis laissa Sebasten évanoui en haut des marches et alla chercher Cassios.

Cassios était, contrairement à Sebasten, une force de la nature. Malgré ses 8 ou 9 ans, il pesait facilement le double de Shina. Alors qu'elle dévalait les marches à sa rencontre, il jeta un dernier regard vers elle, puis tourna de l'oeil lui aussi... le venin commençait son effet destructeur, le temps devenait oppressant.

Shina se glissa sous lui et essaya de répéter l'opération qui avait réussi sur Sebasten. Mais Cassios était d'un tout autre gabarit, et l'affaire semblait impossible. Hurlant de douleur sous la masse écrasante du colosse évanoui, Shina réussit tout de même à le soulever, du moins le torse... avançant péniblement, chaque marche nécessitait un effort démesuré. Une tension musculaire énorme.

Elle ne sentait plus son corps. Elle regarda en bas des marches le jeune homme qui la regardait avec un sourire. Elle savait qu'il ne lui restait que peu de temps et qu'elle n'avait plus la force d'aller jusqu'au bout pour sauver celui-là. La rage d'être aussi impuissante l'emporte alors, et dans un hurlement que l'on aurait dit sorti du fond des âges, elle se relève et amène péniblement le lourds Cassios en haut des marche. A bout de forces, elle lui fait avaler le contenu de la deuxième ampoule puis dévale les escaliers pour se charger d'Ossios. Et là encore, elle trébuche et se blesse, mais n'abandonne pas. Et là encore, elle amène le garçon en haut des marches et lui fait boire la troisième ampoule. La dernière.

Elle se retourne alors, regardant Damalis agoniser en bas de cet escalier maudit. Il était celui qui l'avait frappé le plus fort. Avec le plus de haine. Il est celui qu'elle a choisi de laisser mourrir. Et malgré ce qu'il lui avait fait, elle en souffre. Et le maitre d'arme le voit. Et il le sait.

Il se dirige alors vers Damalis, inanimé au sol, et porte à sa bouche une ampoule identique à celles qu'elle a administré aux trois autres garçons.

Surprise.

Le maître d'arme se relève et lui adresse un sourire de contentement. Il le savait. Elle réussirait cette épreuve. Elle seule en doutait jusqu'à présent.


Bienvenue parmi nous, fillette. Ce furent là ses seuls mots entérinant l'adhésion de Shina au groupe des prétendants à l'honneur d'entrer au Parthénon. Peu de mots, mais tellement chargés de sens. Une telle récompense pour toutes les souffrance endurées.

C'était il y a quatre ans.

...

Silence.

Pas un de ces silences traduisant une gêne. Non. Un silence traduisant plutôt une complicité entre l'élève et le maître assis l'un à côté de l'autre sur ce rocher d'où l'on peut contempler à loisir le Parthénon. Un sanctuaire dont elle sera peut-être l'un des gardiens un jour.

Le maître regarda son élève. Celle dont il est le plus fier. Peut-on réellement considérer que ce lien particulier se rompt lorsque l'élève devient l'égale du maître? Honnêtement, il en a toujours douté en son for intérieur. Car il a beau essayer de ne la voir que comme un potentiel futur chevalier protecteur de ce sanctuaire, il ne peut s'empêcher d'y voir la future femme. Forte et sauvage. Implacable et tenace. Elle sera crainte et se fera obéir. Mais le maître sait également ce qui se cache en elle. Et c'est bien là le problème. Shina est une fillette qui ne laisse pas indifférent... et on peut rapidement se laisser prendre au piège si l'on n'est pas vigilant.

Troublé, le maître détacha son regard de sa captivante élève et s'efforça d'admirer le sanctuaire depuis sa position afin de masquer son émoi.

Il sait toute la sensibilité et l'amour que recèle cette future femme. Il le sait. Et ne lui dira jamais, probablement. Mais a t'il même besoin d'en arriver là? La complicité entre le maître et l'élève va bien au delà des mots.


Demain, elle gravira les marches la faisant entrer dans le sanctuaire.


Demain, elle deviendra chevalier.
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Guerrière indomptable
Ninsouna
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Re: [BG] Shina, ou la fureur de vivre [A VALIDE]

Messagepar Ninsouna » ven. mai 25, 2012 9:38 pm

Tu t'en tires vraiment bien.
Il ne reste que l'explication : comment elle connait les chevaliers et Athéna ? Et puis, un truc auquel j'ai pensé d'abord et qui m'était sorti de la tête : pourquoi a-t-elle un masque ?
Hé oui, je cherche la petite bête. Il n'est pas si facile que ça d'entrer dans le clan ! Mais tu verras qu'après, ce sera plus facile. Car il faudra demander audience à un oracle et il va te poser des questions. Mais cela, le personnage ne le sait en général qu'après avoir gravit les marches. Ceux qui l'ont fait avant ne doivent rien raconter de ce qui se passe au Parthénon.
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