[BG] Baal, le mauvais garçon [Validé]

Présentation du Roi de l'Olympe et de ses Anges.

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Baal
Élève
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[BG] Baal, le mauvais garçon [Validé]

Messagepar Baal » dim. nov. 03, 2019 12:41 pm

Une lueur sournoise luisait dans les yeux de Ba’al tandis que les Spectres avançaient vers son abri, dissimulé dans une grotte aux tréfonds de l’obscure forêt de Cythère. Leurs allures décidées ne l’impressionnaient pas, mais il ne souhaitait pas savoir ce qui pouvaient bien amener des guerriers de Sa Majesté Hadès jusqu’ici… Le tuer, sûrement ; à quoi bon leur poser la question dans ce cas ? Il lui importait seulement de leur échapper. En face de lui se trouvaient des hommes qui le surpassaient nécessairement dans l’art du combat. Il avait été bercé par le récit de leurs prouesses.

Il ramassa les quelques affaires qui l’avaient accompagné depuis qu’il avait quitté le territoire des rebelles de Killini et les fourra dans un sac en toile qu’il mit en bandoulière. Puis il s’avança jusqu’à l’entrée de son refuge. L’avancée de la nuit masquait leur approche. Les Spectres aimaient à agir à la faveur des ténèbres, mais ils ignoraient que l’ombre était depuis longtemps sa compagne, à lui aussi… Furtivement, Ba’al quitta l’esplanade devançant sa grotte et il disparut dans l’obscurité de la grande forêt.

Une énième fois, il se retrouvait donc proie… Les vingt années passées n’avaient jamais été qu’une fuite perpétuelle. Pour un renégat, aucun refuge n’était sûr. À un moment ou à un autre, toujours, la traque avait repris. Il n’avait trouvé le repos qu’à Killini, chez d’autres « traîtres », mais la haine ne l’y avait pas laissé en paix. Il avait des combats à livrer et des vengeances à accomplir.

Pourtant, il fuyait encore, poursuivi par ceux-là même qu’il espérait un jour voir six pieds sous terre…

« Bailo, pour ta trahison envers notre dieu Hadès, tu es condamné à la mort. »

Encore aujourd’hui, ces mots hantaient ses nuits. Il s’était fait violence pour ne plus penser, jamais, à cette scène ancienne, mais les rêves lui ramenaient régulièrement des échos de cet instant destructeur.

Il revoyait la grande salle d’audience des oracles d’Hadès, les généraux debout dans la semi-obscurité créée par les lampes accrochées aux murs… plusieurs spectres hauts placés, qui les entouraient, sa mère, sa sœur et lui, venus assister au procès de celui qui était jadis un ami… et son père, faisant fièrement face à son tribunal.

« Je fais confiance à mon Dieu pour sauver mon âme. Lui sait la vérité. »

Puis il foulait les magnifiques jardins entourant l’infirmerie. Sa mère les tenait par la main, sa sœur et lui, l’air grave, et ils passaient sous une grande arche qui délimitait une aire exhalant une tristesse palpable. Il la sentait encore sur sa peau ; elle ne l’avait plus quittée.

Jusqu’à la fuite insensée qu’ils entreprirent lorsque sa mère fut à son tour accusée. Jamais plus, depuis, il n’avait revu le territoire sacré du Nekyomantéion.

Mais les Spectres les avaient longtemps poursuivis.

Ce fut chez les rebelles des Monts Killini qu’ils trouvèrent refuge. Abriter des Spectres renégats amusait leur chef. Il en subit pourtant les conséquences. Ils durent, après de lourdes pertes, changer plusieurs fois de refuge. Les années seules découragèrent ceux qui étaient désormais leurs ennemis.

Sa mère ne perdit pas son temps. Elle entraîna ses enfants et leur enseigna tout ce qu’elle savait, y compris sur le Nekyomanteion et Hadès, qu’elle vénérait avec ferveur, en dépit de tout. Elle leur apprit le pourquoi des évènements survenus des années auparavant. La mort de leur père avait eu lieu dans un moment de crise aiguë. Une trahison avait semé le chaos parmi les Spectres alors qu’une guerre sacrée faisait rage à leurs portes. Bailo avait été accusé d’être à la source des évènements. Par malheur, un des oracles était mort et deux autres étaient absents du Nekyomanteion, occupés à lutter contre leurs ennemis de l’extérieur, accompagnés de Spectres parmi les plus valeureux. Sa mère était convaincue qu’ils auraient su reconnaître l’innocence de leur père.

La sœur de Ba’al, Myrrha, finit par délaisser cet apprentissage et intégra pleinement le camp des rebelles en épousant l’un des leurs. Sa mère fondait désormais ses espoirs sur son fils : elle comptait bien qu’il restaure un jour l’honneur de leur père et démontre leur innocence au clan.

Elle ne verrait jamais ce jour arriver. Elle était morte sous les coups d’ennemis de Killini, des Chevaliers d’Athéna, pussent-ils tous pourrir dans le Phlégéton ! Ba’al les anéantirait, ceux-là aussi… mais il n’oubliait pas les Spectres. L’âme de sa mère était perdue, tout comme celle de son père. Il ne comptait pas les restaurer. Tout n’avait été que mensonge jusqu’à présent ; il voyait clair désormais.

Y compris dans les ténèbres les plus sombres. Filant entre les arbres plus que centenaires, Ba’al n’espérait plus leur échapper. Il sentait avec acuité les deux présences le poursuivre. Leurs cosmos brûlaient faiblement, mais il les percevait – il avait trop souvent dû les fuir pour les méconnaître.

Une malheureuse erreur d’orientation le vit soudain déboucher au sortir de la forêt, juste à l’endroit où celle-ci ne rencontrait que le vide, noir à cet instant, du ciel. Au bas de hautes falaises, les eaux sombres de la Mer Egée clapotaient doucement contre le rivage.

Derrière lui, les bruits se faisaient plus proches.

Ba’al craignait infiniment moins la mort que la perspective d’être capturé. Peu lui importait de vivre davantage, à vrai dire ; il n’était là que par hasard et presque à contrecœur.

Il sauta.

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La pente n’était pas aussi rude qu’il l’avait pensé. Il tomba avec un craquement sinistre sur un gros rocher émergeant tel un éperon de l’amas de cailloux, mais, pris par son élan, il fut entraîné et dévala la pente en même temps que de multiples petits éclats de la montagne que sa chute détachait du bloc. Totalement désorienté par sa descente brutale, il se retrouva immobile, couché sur le sable, le corps recouvert de poussière de graviers. Un goût de sang lui imprégnait la bouche et chacun de ses muscles lui rappelait douloureusement son existence. Une violente souffrance éclata dans sa cheville alors qu’il tentait de se redresser. Découragé, il se laissa retomber dans le sable.

« Trop dur… » marmonna-t-il. Pris soudain d’épuisement, il se laissa aller à une consolante inconscience.

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Il se réveilla tard, du moins lui sembla-t-il. Un rayon de soleil lui caressait la peau. Il se prit à grogner de satisfaction puis, surpris, se rendit compte qu’il sentait sous ses doigts le toucher rugueux d’un drap de lin. Il ouvrit des yeux hagards sur un visage enfantin qui disparut aussitôt.

« Maman ! Maman ! Il est réveillé ! »

Des bruits de pas empressés suivirent ces paroles. Baal se redressa avec difficulté. Une douleur aiguë l’élança dans la cheville gauche ; l’espace d’un instant, elle l’incita à retrouver la chaleur réconfortante du lit, mais cela ne dura guère et sa méfiance habituelle le reprit. Il s’assit dans la couche et regarda autour de lui.

C’était une très petite pièce meublée modestement d’un lit bas et d’un vieux coffre ayant connu des jours meilleurs. Il jeta un coup d’œil à une lucarne : l’aube venait à peine d’éclore. Un trou dans le sol et le plafond en pente indiquaient qu’il se trouvait dans une soupente. Il tenta de se lever et grimaça en sentant le sol se dérober sous lui. Tant pis ! Il persista dans son effort et s’approcha en traînant le pied du coffre sur lequel gisait sa tunique.

« Attends, prends cela plutôt », dit une voix douce derrière lui.

Surpris, Ba’al se retourna et faillit tomber. Sa jambe se dérobait encore. Il se retrouva devant une femme d’âge mûr qui émergea de la trappe en tenant dans la main un morceau de tissu. Elle fit un pas en avant pour l’aider, mais s’arrêta net devant son regard menaçant.

« N’approche pas » dit-il, mais sa mine misérable réduisait à néant l’aura patibulaire qu’il voulait se donner.

Elle haussa les épaules.

« Si je te voulais du mal, j’aurais eu amplement le temps de te le faire. » Elle pencha la tête de côté. « Mais tes vrais ennemis arrivent. Et je ne veux pas qu’ils te trouvent chez moi. »

Ba’al hésita, puis se saisit assez brusquement du vêtement qu’elle lui tendait et l’enfila à la hâte. Ce faisant, il sentit douloureusement chacune des courbatures que lui avait laissées sa chute.

« C’est un vêtement de mon mari. Ça passera inaperçu sur le bateau… » Elle se tut devant le regard perplexe de Ba’al, puis reprit : « Tu dois quitter l’île… La région est encerclée. »

Baal hocha la tête sans commenter. Ce ne serait pas sa première fuite de ce genre.

Elle l’aida à descendre l’échelle jusqu’au rez-de-chaussée. Il y mit beaucoup de réticence, mais il n’avait guère le choix. Sa jambe l’élançait cruellement. Il redoutait la perspective d’un boitement perpétuel, mais chassa l’idée ; il n’y pouvait pas grand chose pour l’instant. Ses pas maladroits et douloureux l’amenèrent jusque sur le rivage où un appontement permettait d’embarquer dans de petits bateaux de pêche.

« Mon mari va t’emmener sur une des îles voisines… dit la femme. Elle l’avait soutenu tout le long du chemin en jetant de fréquents coups d’œil autour d’eux. Je te conseille de prendre du large par rapport à ici.
- Pourquoi m’aides-tu ? » demanda Ba’al à brûle-pourpoint. L’attitude de la femme était incohérente : elle mettait sa vie en danger en agissant de la sorte.

Elle pâlit quelque peu. Et murmura :

« Tu es si jeune… »

Son regard triste évoqua à cet instant à Ba’al les yeux de sa mère… Il en fut plus troublé qu’il ne l’aurait voulu.

« Hâte-toi », ajouta-t-elle fermement.

Le jeune homme obéit et rejoignit le bateau. Un homme d’une quarantaine d’année vêtu tout comme lui d’une tunique beige usée et de chausses marrons l’aida. Il le saisit aux épaules et lui ordonna de se caler dans le fond du bateau tout le long de la traversée. Ba’al obéit sans protester. Il se sentait faible et épuisé et tout son corps s’indignait du traitement qu’on lui infligeait. Il n’eut pas à subir davantage les désagréments du voyage ; très vite, il tourna de l’œil et sombra dans l’inconscience.
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Nuits et journées de souffrance et de délire, sans fin et sans trêve… Baal n’aurait pu faire le compte des heures passées dans cet état. Il lui semblait n’être plus qu’un enfant très malade ; jamais il n’avait été plus vulnérable. Son esprit était cependant trop embrumé pour s’en rendre compte.

Des mots lui venaient aux oreilles, mais comme surgissant de lointains abysses et ils n’étaient que des murmures. Un seul surnageait.

« Olympie… Olympie… »

Ces mots martelaient son esprit, mais Ba’al ne savait pas à quoi il se rapportait. Il revoyait des visages anciens, jadis familiers, depuis longtemps disparus. Le regard sévère de son père le fustigeait et lui rappelait combien il avait déchu. Celui de sa mère n’était pas plus tendre, mais la douleur que ses errances y allumait rongeait davantage le jeune homme. Myrrha vivait-elle mieux ? Pas comme lui, pas comme un chien en tout cas, c’était certain. Elle n’avait pas rejeté les autres dans leur intégralité, elle.

« Je ne suis pas une bête… » murmurait-il, mais il lui arrivait aussi de crier – du moins lui semblait-il : « C’est moi qui ait raison ! »

Et toujours, derrière ces images floues et cruelles de repentance et de rejet, la litanie incessante de ce nom qui ne lui évoquait rien…

Puis, un jour, quelque chose changea.

Il ne l’avait pas perçu auparavant, mais s’étonna un matin – ou une nuit… - à son réveil de ne plus entendre le ressac inlassable des vagues. Non plus que l’air salé qui imprégnait chaque chose, jusqu’à sa nourriture, jusqu’à sa peau et sa sueur.

Il n’était plus sur un bateau, de cela il était sûr. Le vent léger lui apportait l’odeur suave de pins et il sentait sur sa peau la chaleur sèche du soleil. Dans sa bouche, un goût de poussière… Un ballottement le berçait, mais ce n’était plus celui de la mer.

Ce ne fut qu’un instant de béatitude au milieu d’un long cauchemar enfiévré, mais tel fut son premier contact avec Olympie.
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Baal se réveilla dans un lit aux draps propres et moelleux. Jamais il n’avait connu couche plus confortable. Rêvait-il un tel confort ? Son sommeil n’avait dernièrement abrité que des souvenirs amers.

Ses yeux s’ouvrirent sur un haut plafond de pierre blanche. Se relevant à demi sur ses coudes, il constata qu’il se trouvait dans un très grande salle bâtie entièrement de ce noble matériau. Des colonnes en stuc soutenaient le plafond. Elles étaient sobrement sculptées.

Il y avait d’autres lits autour de lui, dont certains occupés. Un grand silence régnait en ce lieu, mais il lui semblait percevoir, au-delà, le bruissement assourdi d’une foule active.

« Ce n’est pas encore l’heure, mon garçon », dit une voix chaleureuse derrière lui.

Ba’al se retourna brusquement, stupéfait. Jusqu’à quel point ces réflexes de vigilance s’étaient-ils émoussés ? Il ne savait pas combien de temps il avait sombré dans l’inconscience, mais il avait manifestement beaucoup perdu.

Il leva un regard méfiant sur l’homme qui lui faisait face. C’était un vieillard de bien soixante printemps. Son visage mat tranchait sur une abondante chevelure et une belle barbe blanches, l’une comme l’autre ébouriffées. Il était vêtu d’une longue tunique immaculée. Il arborait un grand sourire accueillant, tout en contraste avec la mine mauvaise du jeune homme.

« Où suis-je ? demanda Ba’al prudemment.
- Où ? Mon garçon, tu es dans la maison d'Hébé, fille de Zeus et d'Héra, ma maison et celle de bien d’autres… La tienne aussi, provisoirement », ajouta-t-il avec un sourire élargi.

Ba’al fronça les sourcils.

« Je n’ai pas de maison, grogna-t-il.
- Je sais », murmura l’homme.

Un silence s’installa mais, curieusement, Ba’al ne le trouva pas pesant. Il regarda l’homme se diriger d’un pas tranquille jusqu’à une fenêtre assez haute percée dans le mur. Un oiseau s’y était posé.

« Regarde, dit-il. Tu verras Olympie d’ici.
- Olympie ? » répéta Ba’al avec un soudain intérêt.

Il allait s’approcher lorsqu’il entendit une voix mécontente derrière lui.

« Cimon ! Vous exagérez ! Il n’est absolument pas en état de se lever pour l’instant ! »

Baal tourna la tête vers la nouvelle venue. Une jeune femme blonde venait de faire apparition près d’eux ; elle était vêtue tout de blanc et une lumière semblait émaner d'elle. Elle était chaleur, bienveillance et sérénité. Comme pour lui donner raison, le jeune homme sentit ses jambes se dérober sous lui et il tomba assis sur son lit, l’air penaud. Il ne prit même pas garde à Cimon, qui pouffa de rire comme un adolescent venant de jouer un tour.

« Et voilà, c’est bien ce que je disais », reprit la jeune femme d’une voix douce. Elle aida Ba’al à se remettre au lit et lui sourit gentiment. « Dès demain peut-être, vous pourrez faire quelques pas, mais il n’en est pas question tant que vous n’aurez pas fait un ou deux repas substantiels. »

Elle posa la main sur son front, sans qu’il songe même à l’arrêter tant il était ébahi de cette attitude toute nouvelle à son égard.

« Plus de fièvre… Voilà qui est bien ! Mais cela ne fait de vous qu’un convalescent.
- Que m’est-il arrivé ? finit-il par demander.
- Ta jambe, déclara Cimon. Je ne sais pas comment tu as fait ton compte, mais c’était une belle fracture ouverte qui, puisqu’elle n’a pas été soignée comme il le fallait, s’est infectée. Tu peux bénir les personnes qui ont pensé à t'amener à nous », ajouta-t-il avec un regard taquin.

Ba’al ne dit rien, il digérait ces informations d’un air pensif.

« Vous remarcherez normalement », remarqua la jeune femme en souriant.

Elle avait l’air heureuse qu’il en fut ainsi. Elle éprouvait une joie sincère, presqu’aussi grande que la sienne. Cela le stupéfia. Il resta quelques instants à les dévisager d’un air dubitatif, puis dit, mais d’un ton maussade :

« Merci. »

Ses interlocuteurs se regardèrent et échangèrent un sourire amusé. Ba’al se demanda pourquoi il avait l’impression d’avoir en face de lui des personnes qu’il connaissait depuis longtemps…

« Je compte bien être parti très vite ! s’exclama-t-il d’un ton farouche, exaspéré sans savoir pourquoi.

- Mais oui », approuva Cimon en hochant la tête d’un air convaincu.

La jeune femme se contenta de pencher la tête de côté en souriant. Ba’al leur tourna le dos en grommelant.

Deux mois plus tard, il arpentait avec assurance les rues d’Olympie. Sa cité.
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Re: [BG] Baal, le mauvais garçon

Messagepar Astaesh » dim. nov. 10, 2019 3:19 pm

Validé ! :wink:

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